LA FÉE MORGAN et SON MONDE
FILLE DE DANA
CELTIK IRISH LEGEND
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Contes & Légendes Celtique
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Vous trouverez dans cette page , des contes, des légendes et des poèmes Celtique que j'aime ... Juste avant de fermer les yeux pour rejoindre le monde des rêves pourquoi ne pas s'évader vers les terres lointaines où les fées, les elfes et autres êtres merveilleux vous conduirons ...
 
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La légende du trèfle à quatre feuilles
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« Je créerai le trèfle. Il aura trois feuilles et trois feuilles seulement. Il se multipliera sur toute la planète et ma bénédiction s’étendra sur lui et sur ses descendants, si nombreux soient-ils. »
Et ainsi en fut-il selon la parole de l’Eternel.
Dans la prairie verte, un petit peuple de trèfles chantait sa joie: qui peut-être aussi heureux que nous les trèfles ?
Nous recueillons les rayons du soleil à son lever par notre feuille de l’Est à midi, par notre feuille du Sud et à son coucher, par notre feuille de l’Ouest : Qui pourrait imaginer une vie aussi merveilleuse ?
« Peut-être dit un petit trèfle malin mais nous n’avons pas de feuille tournée vers le Nord donc nous manquons un quart d’horizon de la planète. Je ne demande pas à avoir autant de feuilles qu’une marguerite mais une de plus afin que notre tour soit complet. Comment peut-il exister quelque chose d’aussi ridicule que ces trois feuilles bancales ! »
Justement le diable des Trèfles, caché sous une pomme de terre, écoutait ce discours avec ravissement.
Il s’approcha de ce mécontent et lui dit:
« Le monde a bien de la chance de recéler des esprits comme le tien, des esprits supérieurs qui voient les choses comme elles sont, qui ne se contentent pas de bénir bêtement leur état, des êtres d’élite nés pour reformer l’Univers et l’ouvrir enfin au bonheur qu’il devrait avoir et dont il ne se doute même pas.
C’est évident ! 4 feuilles sont nécessaires à l’épanouissement des trèfles et nous trouverons bien ensemble un moyen … » poursuivit le Diable des Trèfles.
Il fallut finalement peu de temps à ce jeune génie pour tuer un de ses voisins et pour s’approprier une de ses feuilles et fièrement se présenter devant sa mère qui se tordit de désespoir: « Qu’as-tu fait, mon fils ! Comment as-tu pu défier notre loi ? »
Oublie ces vieilles sornettes, ma mère.
Pour ma gloire j’ai créé une nouvelle manière d’être trèfle, une manière moderne et qui nous ouvrira les secrets de l’Univers ».
Tiens, fit un jeune gamin, un trèfle à 4 feuilles ! je n’en avais encore jamais vu ! c’est si rare ! je vais le ramener chez moi, cela portera bonheur à toute la famille.
L’histoire du trèfle à 4 feuilles n’est pas terminée, parce que d’autres trèfles ont voulu à leur tour tenter la même aventure qui a fini de la même façon.
Vous le savez très bien: quand vous apercevez un trèfle à 4 feuilles, que faites-vous?

 
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Le petit garçon et LE GRAND GEANT
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" Texte traduit du Gaelique en Français par Georges Dottin"



Il y avait une fois un roi qui avait une fille. Elle se maria. Il arriva un jour que son mari n’était pas à la maison. Le Grand Géant de Reibhlean vint et l’emporta.
Une année après, son mari se leva:

- Il y a aujourd’hui un an que ma femme est partie ; je vais aller la chercher aujourd’hui.

Il partit et rencontra un parc à moutons. II aborda le berger:

- A qui sont ces brebis? dit-il.

- Au Grand Géant de Reibhlean, au nord et au sud d’Erin, à la belle petite femme, fille d’un roi d’Erin ; grosse comme ton doigt coulait chaque larme sur sa joue blanche, pleurant son mari, pleurant son homme, pleurant ses trois frères, en sorte qu’elle regrette plus encore le petit garçon aux trois quartiers que les quatre hommes qu’elle a laissés en Erin, là-bas.

Il partit et rencontra un homme debout à une porte:

- Laisse-moi passer, dit-il.

- Je ne te laisserai pas passer, dit le portier, que tu ne paies le péage.

Il mit la main dans sa poche et lui tendit l’argent. Il ne s’arrêta pas qu’il ne fût à la maison du Grand Géant de Refbhlean. La femme le vit venir :

- Quel malheur, dit-elle, que tu ne sois pas resté a la maison! Quand cet homme viendra ce soir à la maison, il te tuera.

Ils eurent une journée de plaisir, jusqu’à ce qu’arrivât la nuit.

- II vaut autant pour toi aller te cacher maintenant, dit-elle, avant que cet homme ne te voie.

Elle le mit sous son lit.
II n’y était pas depuis longtemps que le Grand Géant de Reibhlean arriva, avec un grand daim en travers de ses épaules. Il le passa par le feu, par les cendres et le mit dans sa bouche.

- Frou! frâ ! feasôg ! dit-il, je sens l’odeur de l’Irlandais menteur, fripon, qui se répand ce soir dans ma cour et mon château.

- Mon secret et mon amour, dit la femme, n’en sera-t-il pas ainsi tant que je serai là?

- Il y a cela et quelque chose de plus, dit le Grand Géant.

- J’ai été tout au haut de la maison et de petits oiseaux d’Erin sont passés et se sont posés sur moi. Voila l’odeur que tu sens.

- Il y a cela et quelque chose en plus, dit-il.

Il se leva et chercha en haut et en bas en sorte qu’il trouva l’homme sous le lit. Il l’en tira, prit une sombre baguette magique et il changea en un pilier de pierre.

Une année après, son frère se leva:

- Il y a deux ans aujourd’hui qu’elle est partie et il y a un an aujourd’hui que son mari est parti à sa recherche et je vais partir moi-même la chercher.

Il partit. Il ne s’arrêta pas qu’il ne fut à la maison du Grand Géant de Reibhlean. La femme le vit venir.

- Quel malheur, dit-elle, que tu ne sois pas resté à la maison. Quand cet homme viendra à la maison, il te tuera.

Ils eurent une journée de plaisir et de chant jusqu’à ce qu’arrivât la nuit.

- Il vaut autant pour toi te cacher maintenant, dit-elle; dans peu de temps, cet homme va venir à la maison.

II n’était pas caché depuis longtemps quand le Grand Géant de Reihhlean entra, une vieille bête blanche sur l’épaule. Il la passa par le feu et par les cendres et la mit dans sa bouche.

- Frou! frâ ! feasôg ! dit-il, je sens l’odeur de l’Irlandais menteur, fripon, qui se répand dans ma cour et mon château ce soir.

- Mon secret et mon amour! dit-elle, n’en sera-t-il pas ainsi tant que je suis ici?

- Il y a cela et quelque chose de plus.

- J’ai été tout au haut de la maison et de petits oiseaux d’Erin se sont posés sur moi, voilà l’odeur que tu sens.

- Il y a cela et quelque chose en plus.

Il se leva et chercha en haut et en bas, en sorte qu’il trouva l’homme. Il l’emporta, prit une sombre baguette magique et en fit un pilier de pierre.
Une année après, le second frère se leva:

- Il y a aujourd’hui trois ans qu’elle est partie. Il y a aujourd’hui deux ans et un jour que son mari est parti la chercher. Il y a aujourd’hui un an que mon frère est parti et je vais partir moi-même aujourd’hui.

II partit. II ne s’arrêta pas qu’il ne fut à la maison du Grand Géant.

- Oh! quel malheur! dit-elle, que tu ne sois pas resté chez toi! Quand cet homme viendra à la maison, il te tuera. Mon mari est étendu ici ainsi que ton frère.

Ils eurent une journée de plaisir et de chant jusqu’à ce que vint la nuit.

- Il vaut autant pour toi aller te cacher maintenant, dit-elle, dans peu de temps, cet homme va venir.

Elle le cacha. Il n’y avait pas depuis longtemps que le Grand Géant entra, un grand daim en travers de ses épaules. Il le passa par le feu et par les cendres et le mit dans sa bouche.

- Frou! frâ ! feasôg ! dit-il, je sens l’odeur de l’Irlandais menteur, trompeur, qui se répand dans ma cour et mon château ce soir.

- Mon secret et mon amour! dit-elle, n’en sera-t-il pas ainsi tant que je serai ici?

- Il y a cela et quelque chose de plus.

- J’ai été tout au haut de la maison. De petits oiseaux d’Erin se sont posés sur moi, voila l’odeur que tu sens.

- Il y a cela et quelque chose de plus.

Il chercha en haut et en bas en sorte qu’il trouva l’homme. Il l’enleva. Il prit une sombre baguette magique et le changea en pilier de pierre.

Un an après, un autre de ses frères se leva:

- Il y a aujourd’hui quatre ans qu’elle est partie. Il y a aujourd’hui trois ans que son mari est parti la chercher. II y a aujourd’hui deux ans que mon frère est parti les chercher; il y a aujourd’hui un an qu’un autre de mes frères est parti. Que le malheur et la pauvreté tombent sur moi si je ne vais pas chercher mes frères aujourd’hui!

Il partit. Il ne s’arrêta pas qu’il ne fût à la maison du Grand Géant.

- Oh! quel malheur que tu ne sois pas resté chez toi! Quand cet homme viendra à la maison, il te tuera. Tes deux frères sont étendus là dehors ainsi que mon mari, et tu seras avec eux cette nuit.

Ils eurent une journée de plaisir et de chant jusqu’à ce qu’arrivât la nuit.

- II vaut autant pour toi, dit-elle, aller te cacher maintenant. Dans peu de temps, cet homme sera à la maison.

Il alla se cacher.

Il n’y était pas depuis longtemps que le Grand Géant entra, une grande vieille bête en travers de ses épaules. Il la passa par le feu, par les cendres et la mit dans sa bouche.

- Frou! frâ ! feasôg ! dit le géant, je sens l’odeur de I’Irlandais menteur, fripon, qui se répand dans ma cour et mon château cette nuit.

- Mon secret et mon amour! dit-elle, n’en sera-t-il pas ainsi tant que je serai là?

- Il y a cela et quelque chose de plus.

- J’ai été tout au haut de la maison. Il y a eu des petits oiseaux d’Erin à se poser sur moi. Voila l’odeur que tu sens.

- Il y a cela et quelque chose de plus.

Il chercha en haut et en bas en sorte qu’il trouva l’homme. Il l’emporta. Il le frappa avec une sombre baguette magique et le changea en pilier de pierre.


 
 
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Une année après, le petit garçon aux trois quartiers se leva:

- II y a longtemps qu’est partie ma mère, dit-il, il y a longtemps que sont partis mes trois oncles et que le malheur et la pauvreté tombent sur moi si je ne vais pas les chercher!

Il partit. Il apprêta sa poule et son gâteau d’avoine. II partit et rencontra le pâtre des brebis:

- A qui sont ces brebis? dit-il.

- Au Grand Géant de Reibhlean, au nord et au sud de l’Irlande, à la belle petite femme, fille d’un roi d’Irlande; grosse comme ton doigt coulait chaque larme sur sa joue blanche, pleurant son mari, pleurant son homme, pleurant ses trois frères, en sorte qu’elle regrette plus encore le petit garçon aux trois quartiers que les quatre hommes qu’elle a laissés en Erin là-bas.

- Laisse-moi passer.

- Je ne te laisserai pas passer, dit le pâtre des brebis, que tu ne payes le péage.

Le petit garçon aux trois quartiers lui coupa la tête et continua sa route. Il ne s’arrêta pas qu’il ne fût à la maison du Grand Géant. La mère le vit venir:

- Oh! mon fils chéri, dit-elle, c’est un malheur que tu ne sois pas resté chez toi! Quand cet homme viendra à la maison ce soir, il te tuera. Ton père et tes trois oncles sont étendus là dehors.

Elle l’étouffa de baisers, le noya de larmes; elle l’essuya avec un manteau de soie et de satin et le coucha sur un lit de plume. Quand la nuit vint, elle descendit à l’endroit où était le petit garçon aux trois quartiers.

- Oh! mon fils chéri, oh! mon fils chéri, dit-elle, oh! mon fils chéri, dans peu de temps, cet homme va venir a la maison et il vaut autant pour toi aller te cacher avant qu’il ne te tue.

Le Grand Géant ne tarda pas à entrer, une grande vieille bête en travers de ses épaules. Il la passa par le feu, par les cendres et la mit dans sa bouche.

- Frou! frâ ! feasôg ! dit-il, je sens l’odeur de l’Irlandais menteur, fripon, qui se répand dans ma cour et mon château cette nuit.

- Oh! mon secret et mon amour! n’en sera-t-il pas ainsi tant que je serai là?

- Il y a cela et quelque chose de plus.

- Oui, et je suis là, dit le petit garçon aux trois quartiers.

Le petit garçon aux trois quartiers arriva.

- Que préfères-tu, dit le Grand Géant, lutter ou combattre dur?

- Je préfère lutter, dit le petit garçon aux trois quartiers ; j’ai pratiqué la lutte dans de petits villages, dans de grands villages, dans les villages de mon père et de ma mère.

Ils se prirent l’un l’autre dans les dures étreintes de la lutte, en sorte qu’ils faisaient un oeuf mou avec du roc, du roc avec un oeuf mou, une fontaine d’eau vive au milieu du rocher gris. S’il venait quelqu’un du nord du monde au sud du monde, c’est pour regarder ces deux-là qu’il viendrait, en sorte que le soir et la fin du jour arrivèrent.
Le petit garçon aux trois quartiers l’étreignit et l’enfonça en terre jusqu’aux genoux, et d’une seconde étreinte jusqu’à la pomme d’Adam.

- Une petite motte verte au-dessus de la tête, sale coquin, dit le petit garçon aux trois quartiers.

- Ne fais pas cela, dit le Géant, je te donnerai la moitié de ce qui est dehors et de ce qui est dedans.

- C’est a moi depuis deux jours, dit le petit garçon aux trois quartiers en faisant sauter sa tête à neuf sillons et neuf sillons.

La tête revenait sur le corps. Il frappa à la tête sur le péricrâne.

- Ce n’est pas malheureux pour toi, dit la tête; si je revenais sur le corps, ni toi ni les hommes d’Erin ne la sépareraient.

Il entra. Il trouva la sombre baguette magique. II frappa un coup sur son père et sur ses trois oncles. Ils se levèrent debout, comme ils étaient auparavant. Ils rassemblèrent ce qu’il y avait de richesses dehors et dedans et les emportèrent avec eux. Il s’en alla avec sa mère, son père et ses trois oncles ; ils arrivèrent chez eux et ils vécurent bien jusqu’à leur mort.


 
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ENFANTS DE LIR
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" Texte traduit du Gaelique et adapté en Français par Roger Chauviré "

Au temps où le peuple-fée, qui habite sous terre ses palais des collines se choisit un roi après la bataille de Tailtinn, quand Lîr apprit qu'on donnait la couronne à Bôv Derg, son déplaisir fut grand. Il quitta l'assemblée sans prendre congé ni dire mot à personne, car c'était lui, pensait-il, qu'on aurait dû faire roi. Mais si lui s'en alla, on n'en donna pas moins la couronne à Bôv Derg, aucun des cinq concurrents ne la lui enviant, sauf Lîr. Et ce qu'on résolut fut de poursuivre Lîr, brûler sa maison forte, l'assaillir lui-même avec la pique et 1'épée, pour le punir de ne pas s'incliner devant le roi qu'on avait choisi.

- Nous n'allons pas faire cela, dit au contraire Bôv : ce guerrier défendrait n'importe quelle place qu'il occupât ; et d'ailleurs, en suis-je moins roi du peuple-fée parce qu'il refuse de plier devant moi ?

Tout alla de la sorte pendant un assez long temps ; mais enfin un grand malheur tomba sur Lîr: il perdit sa femme, morte après une maladie qui dura trois jours. La chose fut très cruelle, et il avait de la morte un lourd regret dans le cœur.

On parla beaucoup de cette mort en ce temps-là et la nouvelle en circula dans toute 1'Irlande, et elle arriva jusqu'au palais de Bôv quand il avait autour de lui les pnncipaux du peuple-fée. Et Bôv dit :

- Si Lîr y tenait, mon amitié lui serait d'un grand secours, aujourd'hui que sa femme n'est plus. Car j'ai ici avec moi les trois jeunes filles les mieux faites, et du plus beau visage, et du meilleur renom qui soient dans toute l'Irlande, Év, Ifé et Ailve, filles d'Oilell, roi d'Arann, auxquelles je sers de père adoptif.

Ses hommes dirent qu'ils trouvaient son idée bonne, et qu'il disait vrai. On envoya messages et messagers, de la part de Bôv Derg, à I'endroit où vivait Lîr, lui mander que s'il lui plaisait de s'allier avec le fils de Dagda et le reconnaître souverain, il en recevrait l'un de ses enfants d'adoption. Lîr, appréciant l'offre, se mit en route le lendemain, avec cinquante chars, du Palais de la Blanche-Colline ; et il prit au plus court, pour atteindre le lieu où vivait Bôv, sur le lac Derg : on lui fit grand accueil, et les gens se montraient pleins d'allégresse et de bonne grâce, et sa suite et lui reçurent toutes sortes d’attentions cette nuit-là. Les trois filles d'Oilell, roi d'Arann, étaient assises sur le même siège que la femme de Bôv Derg, reine du peuple-fée, laquelle était leur mère adoptive. Bôv dit :

- Tu peux choisir entre les trois jeunes filles, Lîr.

-Je ne saurais dire, répondit Lîr, laquelle je préfère ; mais quelle qu'elle soit, l'aînée est la plus noble, et celle qu’il me sied mieux de prendre.

- Puisqu'il en est ainsi, reprit Bôv, c'est Év qui est l'aînée et je te la donne, si c'est ton vœu.

- C'est mon vœu.


 
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II prit donc Év à femme cette nuit-là, demeura une quinzaine, et ensuite l'emmena dans son palais à lui, où il donnerait une grande fête pour leurs noces. Avec le temps, Év lui donna deux enfants, une fille et un fils, dont les noms furent Finuala Blanche-Épaule, et É. Après un temps encore, elle reprit le lit, et cette fois donna le jour à deux fils, qu'on appela Fiachra et Conn ; mais elle mourut à leur naissance. Ce fut à Lîr un lourd poids sur le cœur, et s'il n'avait eu la pensée arrêtée sur ses quatre enfants, il eut été bien près de mourir de chagrin.

La nouvelle parvint à la demeure de Bôv Derg, et tous jetèrent trois grandes, hautes lamentations, pleurant leur fille adoptive ; mais quand ils l'eurent pleurée, voici ce que dit Bôv :

- Nous sommes désolés de savoir notre fille morte, tant pour l'amour d'elle que pour l'amour de l'homme de cœur à qui nous I'avions donnée, et que nous remercions de sa fidélité. Mais l'amitié entre nous ne sera pas rompue, car je lui donnerai pour femme la sœur de l'autre, Ifé.

À cette nouvelle, Lîr vint chercher la jeune fille, l'épousa, et l'emmena chez lui dans son palais. Ifé aimait et honorait les enfants de sa sœur, car en vérité personne au monde ne pouvait voir ces quatre enfants sans leur donner l'amour de son cœur. Bôv Derg avait coutume d'aller souvent chez Lîr pour l'amour de ces enfants, comme aussi de les emmener chez lui pour un bon espace de temps, quitte à les laisser ensuite retourner dans leur maison.

À ce moment-là, le peuple-fée cé1ébrait la fête du Temps, sous chaque colline hantée, à tour de rôle ; et quand ils arrivèrent à celle où vivait Lîr, les quatre enfants, par leur beauté, faisaient la joie et le délice de tous. Ils avaient coutume de dormir en des lits sous les yeux de leur père, et Lîr se levait chaque matin au petit jour pour aller s’étendre parmi ses enfants. Mais ce qui advint de tout cela, c'est qu'Ifé s'enflamma d'un feu jaloux, et qu'elle prit les enfants de sa sœur en dégoût et en haine. Alors elle prétendit être malade d'une maladie qui dura près d'une année entière ; et au bout de ce temps-là, elle acheva un coup de traîtrise, jalousie et cruauté contre les enfants de Lîr. Elle fit mettre au joug les chevaux de son char, monter les quatre enfants, et tous roulèrent vers le palais de Bôv Derg. Finuala n'avait aucune envie de la suivre, car, à la voir, elle devinait qu'Ifé méditait leur mort ou leur perte, et elle avait connu en rêve qu'une trahison contre eux hantait l'esprit d'Ifé. N'importe, elle ne put échapper à ce qui l'attendait. Quand ils furent en route, Ifé dit à ses gens :

- Tuez maintenant les autres enfants de Lîr, qui m'ont ravi l'amour de leur père, et je vous donnerai le choix d'une récompense entre toutes les bonnes choses de ce monde.

- Nous n'en ferons rien, dirent-ils. C'est une mauvaise action qui t'est venue en tête, et tu la paieras un jour.

Et comme ils ne voulaient pas faire à son gré, elle-même prit une épée pour se défaire des enfants ; mais, n'étant qu'une femme, et sans grand cœur, ni grande résolution dans l'esprit, elle ne put aller jusqu'au bout. Ils continuèrent vers l'ouest et le Lac aux Chênes, où elle arrêta les chevaux. Là, Ifé dit aux enfants de Lîr d'aller se baigner dans le lac, et ils firent comme on leur disait ; mais ils n'étaient pas plutôt dans le lac qu'elle les toucha d'une baguette druidique, et jeta sur eux l'apparence de quatre cygnes, blancs et beaux.

Et elle leur dit :

- Partez, enfants du roi ! Votre bonne chance vous est à jamais ravie. Triste sera votre histoire à ceux qui vous aiment.

C'est parmi les vols d'oiseaux qu'on entendra pour toujours vos cris.

- Sorcière, car nous savons maintenant quel est ton nom, dit Finuala, tu nous as frappés sans recours ; mais, même si tu nous pousses de vague en vague, il y aura des jours où nous toucherons terre ; nous recevrons de l'aide quand on nous verra, de l'aide et tout ce qui pourra nous soulager ; même s'il nous faut dormir sur les eaux du lac, nos esprits s'envoleront bien loin de grand matin. C'est une cruauté que tu as faite, Ifé, c'est fin cruelle à ton amour que de nous perdre ainsi sans raison ; la vengeance te poursuivra, tu périras en punition de ton crime, car ton pouvoir pour nous perdre ne passe point, de ceux qui nous aiment, le pouvoir pour nous venger. Et maintenant, fixe un temps à la durée de cet enchantement.

- Je le ferai, dit-elle, et pis vous en prendra de l'avoir demandé. La limite que je pose est que l'enchantement dure aussi longtemps que la Femme du Sud ne rencontrera pas l'Homme du Nord. Et puisque vous voulez le savoir de ma bouche, ni amis ni puissance que vous ayez ne pourra jamais vous délivrer de la forme où vous êtes, jusqu'à ce que vous ayez vécu trois cents ans sur le Lac aux Chênes, trois cents ans sur la Passe de la Moyle entre Irlande et Écosse, trois cents ans à Port Domnann ; et telles seront vos étapes à partir de ce jour.

Mais une manière de repentir alors vint à Ifé, et elle dit :

- Puisque maintenant je n'ai plus d'autres secours à vous donner, au moins vous allez pouvoir garder votre langage ; vous chanterez aussi la douce musique des palais souterrains, si douce qu'elle berce jusqu'au sommeil les hommes de la terre, et il n'y aura point au monde musique qui égale la vôtre ; vous garderez encore la raison qui fut vôtre et la noblesse, en sorte qu'il vous pèse moins de demeurer sous la forme d'oiseaux. À présent, disparaissez de devant mes yeux, Enfants de Lîr, avec vos têtes blanches et votre hésitant langage irlandais. Dure malédiction sur de tendres enfants, que de se voir jetés dehors, au gré du vent farouche ! Neuf cents années sur l'eau, le temps a quiconque serait long pour souffrir. C'est moi qui par ma trahison vous imposerai 1'épreuve, le mieux pour vous maintenant est de faire comme je vous dis. Et lui, Lîr, à qui son javelot donna tant de victoires, maintenant en lui son cœur est un noyau de mort. Le gémissement du héros me rend malade, et pourtant c'est bien moi qui ai mérité son courroux.

Alors on saisit les chevaux d'Ifé, on les enjugua à son char, elle poursuivit sa route jusqu'au palais de Bôv Derg, et reçut grand accueil des principaux du peuple. Le fils de Dagda lui demanda pourquoi elle n'amenait pas les enfants de Lîr.

-Je te le dirai, répondit-elle. C'est que Lîr ne t'aime guère, et qu'il ne te confiera pas ses enfants, de crainte que tu ne les gardes tout à fait, et loin de lui.

- La chose m'étonne, repartit Bôv Derg, car j'aime ces enfants-là plus chèrement que les miens-mêmes.

Il pensait, à part lui, que c'était une fourberie de la femme, et ce qu'il fit, ce fut d'envoyer des messagers dans le nord, à la Blanche-Colline. Lîr s'enquit d'eux pourquoi ils venaient.

- À raison de tes enfants, dirent-ils.

- Ne sont-ils pas allés vous voir en compagnie d'Ifé ?

- Non. Et Ifé prétend que c'était toi qui ne voulais pas qu'ils vinssent.

Lîr, à cette nouvelle, eut le cœur brisé de tristesse, car il devinait bien qu'Ifé avait conçu la perte ou la mort de ses enfants. Donc, au petit jour le lendemain, on saisit ses chevaux, et il prit la route du sud-ouest. Quand il fut parvenu jusqu'aux bords du Lac aux Chênes, les quatre enfants virent les chevaux approcher, et Finuala dit :

- Bienvenue soit la troupe de chevaux que j'aperçois venir vers la rive du Lac ! Les hommes qu'ils portent sont puissants, on lit sur eux la tristesse : c'est nous qu'ils poursuivent, c'est nous qu'ils cherchent. Approchons-nous du bord, É, Fiachra, gracieux Conn ! Les arrivants ne sauraient être que Lîr et sa maison.

Lîr, étant venu à la pointe du Lac, s'aperçut que les cygnes avaient la voix de personnes naturelles, et leur demanda comment il se faisait.

- Je te le dirai, Lîr, répondit Finuala. Nous sommes tes quatre enfants à toi, que ta propre femme, sœur de notre mère, vient de perdre sous la poussée de sa jalousie.

- Est-il aucun moyen de vous faire reprendre votre forme ?

- Il n'en est point. Tous les hommes du monde entier n'y pourraient rien, jusqu'au jour où nous aurons fait notre temps, et cela ne peut être avant qu'aient passé neuf cents ans.

En oyant cela, Lîr et ses gens poussèrent trois grandes, lourdes clameurs de chagrin, douleur et gémissement.

- Aimeriez-vous, dit Lîr, venir à terre avec nous, puisque vous avez encore votre même raison et votre mémoire ?

- Nous n'avons, dit Finuala, congé de vivre avec aucun être humain à présent : il nous reste notre langage, l'irlandais, et nous pouvons chanter de suave musique, belle à réjouir toute la race des hommes qui pourrait 1'écouter. Passez la nuit ici, nous vous donnerons notre musique.


 
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Lîr et sa maison, donc, firent halte en ce lieu, tendant l'oreille à la musique des cygnes, et cette nuit-là jouirent d'un doux sommeil. Lîr, le lendemain matin, se leva de bonne heure et fit cette chanson :

"Il est temps de quitter ce lieu,
Je ne puis y dormir bien que je sois couché.
Séparé de mes chers enfants,
Voilà qui tourmente mon cœur.
C'est un cruel filet que je jetai sur vous,
Le jour où j'amenai dans ma demeure Ifé.
Je n'aurais jamais formé ce dessein
Si j'avais su ! si j'avais su !
Finuala, gracieux Conn, É, Fiachra, mon fils aux beaux draps,
C'est malgré moi que je vous quitte,
Vous et le havre où vous vivez."

Alors, il poursuivit jusqu'au palais de Bôv Derg, où l'accueillit une bienvenue ; mais Bôv lui fit reproche de ne pas amener ses enfants avec lui.

- Hélas ! dit Lîr, ce n'est pas moi qui refuserais d'amener mes enfants. C'est cette Ifé là-bas, ta fille d'adoption et la sœur de leur mère, qui leur a imposé la forme de quatre cygnes sur le Lac aux Chênes, comme le peut voir tout le peuple d'Irlande ; mais ils conservent encore leur raison, leur esprit, leur voix et leur langage irlandais.

À ces mots, Bôv eut un violent sursaut, car il connut que Lir disait vrai et après un reproche acerbe à Ifé, il lui dit :

- Traîtrise qui pour toi-même, Ifé, finira plus mal que pour les Enfants de Lîr ! Quelle forme toi-même penserais-tu la pire qu'on pût t'infliger?

- La pire serait, je pense, d'être muée en un démon de l'air.

- Et c'est celle ou je vais te changer.

Sur quoi il la toucha de sa baguette druidique, et elle se trouva soudain tournée en un malin esprit de l'air, et en cette figure elle s'enfuit sur l'aile du vent, et elle y est encore, et elle y sera jusqu’à la consommation de la vie et du temps.

Quant à Bôv et au peuple-fée, ils s'en vinrent à la rive du Lac aux Chênes, et y plantèrent leur camp pour écouter la musique des cygnes. Et les Fils des Gaëls avaient coutume d'y venir, non moins que le peuple divin, des quatre coins de 1'Irlande pour les ouïr, car jamais en Irlande il n'y eut musique délicieuse qui se pût comparer à la musique des cygnes. 

Eux s'adonnaient, aussi, à conter des histoires, et converser chaque jour avec les hommes d'Irlande, avec leurs anciens maîtres et compagnons d'école, avec leurs amis. Et chaque nuit ils se reprenaient à chanter de très suave musique du pays-fée ; et quiconque oyait cette musique dormait un profond et calme sommeil, de quelque tourment ou longue maladie qu'il fût affligé, car, à ouïr la musique des oiseaux, il goûtait la plénitude du bonheur. Or donc, ces assemblées du peuple divin et des Fils des Gaëls continuèrent là, autour du Lac aux Chênes, pendant trois cents longues années. Et c'est alors que Finuala dit à ses frères :

- Savez-vous que nous avons achevé toute la part de notre âge que nous avons à passer ici, moins la nuit qui vient ?

Les fils de Lîr, à ces mots, furent saisis d'une grande tristesse, car à leur sens, pouvoir converser avec leurs amis et compagnons sur le Lac aux Chênes valait presque autant que de redevenir personnes naturelles, surtout en comparaison de leur sort à venir, sur la mer froide et tourmentée de la polaire Moyle. Ils vinrent le surlendemain parler à leurs deux pères, le vrai et l'adoptif, ils leur dirent adieu, et Finuala fit cette chanson:

"Adieu, Bôv Derg, gage de toute connaissance !
Adieu, père, adieu Lîr de la Blanche-Colline !
Voici venir, je crains, l'heure qui nous sépare.
Plaisante compagnie ! ô douleur, nous partons,
Mais non point pour vous aller voir.
Désormais, amis de nos cœurs.
C'est la Moyle tempétueuse,
Où nous vivrons, sans une voix auprès de nous.
Trois cents ans là, puis trois cents ans
Dans la baie des Gens de Domnann.
Ô pitié ! les Enfants de Lîr
N'auront la nuit pour les vêtir,
Ô pitié ! que la vague et le sel et la mer.
Frères, frais visages pâlis,
Qu'elle quitte à présent le lac,
L'ample troupe qui nous aimait !
Triste est la séparation."

Quand elle eut fini de chanter, ils prirent l'essor, d'une aile vive et 1égere, jusqu'à la Passe de la Moyle, entre Irlande et Écosse. Ce fut une douleur pour les hommes d'Irlande, et ils interdirent de tuer désormais aucun cygne, quelque chance qu'on eût de l'abattre, d'un bout de l'Irlande à l'autre.

C'etait aux enfants de Lîr un cruel lieu pour y vivre que la Passe de la Moyle. Quand ils virent autour d'eux la vaste côte, ils se sentirent noyés de froid, de crainte ; et toutes les misères qu'ils avaient traversées déjà ne leur semblaient rien, au prix de celles qui les attendaient sur la mer. Une nuit, donc, une grande tempête les assaillit, et Finuala dit :

- Frères chéris, ce serait pitié de ne point nous préparer à la nuit qui vient, car la tempête, sans manque, va nous séparer les uns des autres. Fixons quelque lieu où nous puissions nous retrouver, si nous sommes chassés à l'écart cette nuit.

- Décidons, dirent les autres, de nous retrouver à l'Écueil aux Phoques, puisque nous savons tous où il est.

Quand minuit vint, le vent survint avec ; la rumeur des lames s’éleva, dans les éclairs et le tonnerre, l'ouragan déchaîne balaya 1'étendue, et tant, que les Enfants de Lîr se trouvèrent épars sur la vaste mer, et que l'immensité les en égarait, et que pas un d'entre eux ne savait plus ou les autres étaient passés. Mais après l'ouragan tomba un grand calme. Finuala était seule sur la Moyle ; et quand elle vit que ses frères manquaient, elle les regrettait avec des plaintes lamentables, et elle fit cette chanson :

"Quelle pitié de vivre en l'état où je suis,
Mes ailes gelées sur mes flancs !
Peu s'en fut que le vent ne m'ait, dedans le corps,
Brisé le cœur, si É n'est plus.
Trois cents ans sur le Lac aux Chênes
Sans recouvrer ma propre forme,
Ce n'était rien au prix du temps
Qu'il me faut rester sur la Moyle.
Mes trois aimés, mes trois aimés
Dormant à l'abri de mes ailes,
Jusqu'au jour où les morts reviendront aux vivants
Je ne les verrai plus jamais.
C'est grand dommage de survivre
À Fiachra, Conn, sans rien savoir d'eux,
Et c'est grand'pitié d'être là,
Face aux cruautés de la nuit."

Elle attendit toute la nuit, sur l'Écueil aux Phoques, le lever du soleil, et tant, qu'épiant autour d'elle toute 1'étendu de la mer, elle vit enfin Conn approcher, les plumes trempées jusqu'aux os, la tête pendante, et son cœur lui fit grand accueil. Puis Fiachra s'en vint trempé, morfondu, épuisé et ils ne purent comprendre un mot de ce qu'il disait, accablé qu'il était par la froidure et la misère endurées. Finuala le mit sous son aile et dit :

- Nous serions bien aises maintenant si seulement É pouvait nous revenir.

Ce ne fut guère longtemps après qu'ils virent arriver É, la tête sèche et le plumage beau : Finuala lui fit grand accueil et le mit sous les plumes de son poitrail, Fiachra sous son aile droite et Conn sous son aile gauche, de sorte qu'elle les couvait tous trois de son duvet.

- Hélas ! frères, dit-elle, ce fut une cruelle nuit pour nous que la dernière, et plus d'une pareille nous en souffrirons avant d'être quittes.

Après ce jour, ils demeurèrent là un très long temps, endurant sur la Moyle le froid et la misère, jusqu'au temps où enfin une nuit tomba sur eux dont ils n'avaient jamais souffert la pareille, pour le gel, la neige et le vent. Ils pleuraient et gémissaient sur la cruauté de leur sort, le froid de la nuit, 1'épaisseur de la neige, l'aigreur du vent. Et après qu'ils eurent pâti du froid jusqu'à la consommation d'une année, alors une nuit pire encore tomba sur eux au cœur de l'hiver ; ils étaient sur l'Écueil au Phoques, l'eau gelait autour d'eux, et comme ils se reposaient sur le roc, leurs pieds, leurs ailes, leurs plumes gelèrent jusqu'à prendre à la pierre, si bien qu'ils ne pouvaient plus bouger. Et ils se débattirent si fort pour se délivrer qu'ils y laissèrent la peau de leurs pieds, leurs plumes, le bout de leurs ailes après eux.

- Hélas ! Enfants de Lîr, dit Finuala, peineux est le cas où nous sommes, car nous ne pouvons endurer que l'eau salée nous touche, et nous sommes tenus de ne pas la quitter : si le sel de l'eau entre dans nos plaies, c'est pour nous la mort.

Et elle fit cette chanson :

"Cette nuit se passe à gémir, sans plumes pour vêtir nos corps.
Qu'il est froid, le roc inégal, le roc coupant à nos pieds nus !
Cruelle fut notre marâtre, hélas ! de nous jeter le sort,
Qui de nous quatre fit des cygnes sur la mer. L'étuve où nous laver, 
C'est le brisant du golfe où vole en écumant la crinière des lames ;
Nous buvons au lieu de la bière du festin, L'amère eau de la marée bleue."

N'importe ! il leur fallut revenir au courant marin de la Moyle, et l'eau chargée de sel était poignante et vive et cruelle pour eux, mais si âpre fût-elle, ils ne pouvaient ni la fuir ni s'en préserver. Ils restèrent le long de la rive à pâtir de toute cette misère jusqu'au jour où leurs plumes de nouveau crûrent, où leurs ailes, leurs plaies se trouvèrent entièrement guéries. Ils abordaient chaque jour à la rive d'Irlande ou d'Écosse, mais il leur allait revenir à la Passe de la Moyle chaque nuit.

Advint qu'un jour ils dérivèrent, dans le Nord de 1'Irlande, à la bouche de la Bann, et ils aperçurent une troupe de cavaliers, beaux à voir, vêtus d'une seule couleur, montant des bêtes excellemment dressées, de robe toute blanche, et courant la route qui vient droit du sud-ouest.

- Savez-vous qui sont ces cavaliers, Enfants de Lîr ? demanda Finuala.

- Non, dirent-ils. Mais ils pourraient bien être une bande soit des Fils des Gaëls, soit du peuple-fée.

Ils approchèrent encore de la côte, pour reconnaître qui c'etait ; et les cavaliers, les apercevant, vinrent au devant, assez près pour tenir conversation. Il y avait là les deux fils de Bôv Derg, É a 1'Esprit-Agile, Fergus Sage-aux-Échecs, qui étaient les chefs ; avec eux, un tiers des cavaliers du Pays Divin ; et c'étaient les cygnes qu'ils allaient cherchant depuis un long temps. Lorsqu'ils se furent joints, les uns et les autres mutuellement s'offrirent gracieuse et amicale bienvenue et les enfants de Lîr demandèrent des nouvelles de tout le peuple-fée et, plus que de tous autres, de Lîr, de Bôv Derg, et des leurs.

- Ils sont sains et saufs, leur fut-il répondu, tous au même lieu, dans le palais de ton père sous la Colline-Blanche, célébrant la fête du Temps de façon plaisante et heureuse et sans souci, n'était votre absence, et aussi qu'ils ne savent ce que vous êtes devenus depuis le jour où vous quittâtes le Lac aux Chênes.

- I1 n'en fut pas ainsi de nous, dit Finuala : nous avons passé par de grandes épreuves, misères et tourments sur le flux et reflux de la mer, jusqu'au jour où nous voilà.

Et elle fit cette chanson :

"On mène grande joie dans le palais de Lîr ;
On y boit force bière et vin ;
Pourtant froide est la place où cette nuit reposent
Les quatre enfants du roi.
Couverture sans une tâche,
La seule plume vêt nos corps ;
Et pourtant souvent nos habits furent de pourpre,
Nous buvions le doux hydromel.
Notre manger et notre boire,
C'est le sable et c'est l'onde amère de la mer ;
Pourtant nous avons bu souvent aux coupes rondes
La boisson de feuilles de coudre.
Nos lits sont les rocs nus que n'atteint pas la vague ;
Pourtant on nous tendit souventes fois des lits
De duvet ravi aux oiseaux.
Notre tâche est qu'il faut qu'on nage
Dans le gel, la rumeur des eaux ;
Pourtant plus d'une fois une escorte de princes
Chevauchait après nous jusqu'au palais de Bôv.
Voilà qui a flétri ma force
D'aller et de venir dans les courants de Moyle
Sans jamais pouvoir, au soleil,
Jouir de l'herbe tendre et molle.
Lit de Fiachra ou lit de Conn,
C'est l'abri d'une aile, à la mer ;
Lit d'É, c'est le duvet si doux d'une poitrine,
Tous quatre arrangés flanc à flanc."
 
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Alors les cavaliers s'en furent au palais de Lîr et rapportèrent aux princes du peuple-fée tout ce que les oiseaux avaient souffert et en quel triste point ils étaient.

- Nous ne pouvons rien pour eux, dirent les princes ; mais nous sommes joyeux qu'ils soient encore en vie, car ils seront secourus à la fin de leur temps.

Quant aux Enfants de Lîr, ils retournèrent à leur repaire ancien sur la Moyle et y vécurent jusqu'à ce que le temps qu'ils devaient y passer fût passé. Alors Finuala dit :

- Voici pour nous venu le temps de quitter cet endroit : c'est au Port de Domnann qu'il nous faut aller maintenant, après nos trois cents ans ici. En vérité, là-bas, il n'y aura pour nous nul repos, nulle place pour atterrir, nul abri contre la tempête. N'importe ! puisque le temps est venu d'aller, partons sur l'aile du vent glacé, que nous n'allions pas nous perdre.

Ils partirent donc de la sorte, laissèrent derrière eux la Passe de la Moyle, descendirent à la pointe du Havre de Domnann et s'y établirent. C'est une vie de misère et de froid qu'ils y vécurent : une fois, la mer gela autour d'eux, tant qu'ils ne pouvaient plus bouger, et les frères se lamentaient ; mais Finuala les consolait, sachant qu'à la fin de leur temps le secours viendrait.

Ils demeurèrent au Port de Domnann jusqu'à ce que le temps qu'ils devaient y passer fût passé. Alors Finuala dit :

- Voici pour nous venu le temps de regagner le palais de Blanche-Colline, où notre père habite avec toute sa maison, avec tout notre peuple.

- Nous en sommes grandement réjouis, dirent-ils.

Ils prirent donc leur vol légèrement dans l'air pour gagner la Blanche-Colline. Mais voici comment devant eux ils trouvèrent la place : déserte. Rien que des tertres verts et des buissons d'orties, sans un toit, sans un feu, sans un âtre. Les quatre, serrés l'un contre l'autre, poussèrent trois cris de douleur et Finuala fit cette chanson :

"Hélas ! je demeure interdite :
Pas un toit et pas un foyer ! À voir ce qu'il est devenu,
Ce lieu est amer à mon cœur. Pas un chien et pas une meute ;
Pas une femme et pas un roi.
Nous ne l'avons pas connu tel quand Lîr notre père y régnait.
Ni coupe ou corne, ou beuverie dans une salle illuminée ;
Ni jeunes gens ni cavaliers: désert préfigurant tristesse.
Que les gens du lieu soient comme ils sont à présent,
La pensée est lourde à mon Cœur.
Ce soir, il est clair à mon âme que le seigneur du lieu n'est plus.
Ô maison, nous avions coutume d'y voir la musique et les jeux :
C'est change profond de la voir déserte comme elle est ce soir."

Cependant les Enfants de Lîr demeurèrent cette nuit-là dans le lieu qui avait été celui de leur père et de leur aïeul, où eux-mêmes avaient grandi ; et ils chantaient la très suave musique des palais divins.

Le lendemain matin au petit jour, ils s'élevèrent, gagnèrent 1'île de Clare, et tous les oiseaux du pays s'assemblaient autour d'eux sur le Lac aux Oiseaux.

C'est environ ce temps-là qu'il leur advint de rencontrer un jeune homme de bonne race, lequel s'appelait Aibric : il avait remarqué ces oiseaux, leur chant lui était doux, il les aimait grandement, et eux l'aimaient. C'est lui qui a rapporté toute l'histoire de leurs aventures et qui l'a mise en bel ordre. Et l'histoire qu'il conta de leur aventure dernière est telle que s'ensuit :

Ce fut après le temps où la foi du Christ et le bienheureux Patrick avaient paru en Irlande, que saint Mohévog arriva dans l'île de Clare ; et à sa première nuit dans 1'île, les enfants de Lîr entendirent la voix de sa cloche, qui tintait non loin d'eux. Les frères, à l'entendre, eurent un sursaut de crainte :

- Nous ne connaissons pas, dirent-ils, cette voix grêle et déplaisante qu'on entend.

- C'est la voix de la cloche de Mohévog, dit Finuala, et par elle vous serez délivrés de la douleur et de la misère.

Ils écoutèrent la musique de la cloche jusqu'à ce que matines fussent dites, et ensuite ils se prirent à chanter en sourdine la suave musique des palais divins. Or, Mohévog les écoutait, et il pria Dieu de lui révéler qui chantait cette musique, et il lui fut révé1é que les chanteurs, c'étaient les Enfants de Lîr.

Le lendemain matin, il s'avança jusqu'au Lac aux Oiseaux, vit devant lui les cygnes sur le lac et descendit vers eux jusqu'au bord de la rive.

- Êtes-vous les Enfants de Lîr ? dit-il.

- Nous le sommes, dirent-ils.

- J'en remercie Dieu, dit-il, car c'est pour l'amour de vous que je suis venu jusque dans cette île par-delà toutes les autres îles. Et maintenant, venez à terre, et confiez-vous à moi, que vous puissiez faire de bonnes œuvres et renoncer à vos péchés.

Sur quoi, ils prirent terre et se confièrent à Mohévog. Il les amena à sa demeure et ils avaient coutume d'entendre la messe avec lui. Il trouva un bon fèvre et lui fit faire pour eux des chaînes d'argent brillant : une chaîne il mit entre É et Finuala, une chaîne entre Fiachra et Conn. Et tous quatre élevaient son cœur et réjouissaient son esprit ; et quant aux cygnes, danger ou détresse ne les trouvaient plus désormais.

Or, en ce temps, le roi de Connacht était Leirgnenn, fils de Colmann; et Déoch, fille de Finghinn, etait sa reine : c'étaient 1'Homme du Nord et la Femme du Sud dont Ifé avait prédit la rencontre. La femme entendit parler des oiseaux, et un grand désir lui vint de les posséder : elle pria Leirgnenn de les lui amener, et il dit qu'il demanderait à Mohevog. Elle jura qu'elle ne resterait pas avec lui une nuit de plus s'il ne les lui amenait pas, et sur-le-champ quitta la maison ; et Leirgnenn envoya après elle des messagers pour la ramener, mais avant qu'ils pussent la rattraper, elle était déja à Kildoûn. Elle revint avec eux ; et Leirgnenn envoya des messagers à Mohévog pour lui demander les oiseaux, mais en vain. Une grande colère le saisit : il alla en personne trouver Mohévog et lui demanda si c'etait vérité qu'il lui eût refusé les oiseaux.

- C'est vérité sûre et certaine, dit le saint homme.

Là-dessus Leirgnenn se leva, s'empara des cygnes et les arracha à l'autel, deux oiseaux dans chaque poing, pour les ramener à Déoch. Mais il n'eut pas plutôt sur eux porté la main que tomba leur plumage ; et ce qu'il y avait à la place des cygnes, c'étaient trois maigres vieillards flétris, une menue vieille flétrie, que n'avaient plus ni chair ni sang.

À cette vue, Leirgnenn eut un grand sursaut, et s'enfuit. C'est alors que Finuala dit à Mohévog :

- Allons, baptise-nous, car notre mort est proche. Et, je m'assure, te séparer de nous ne te coûte pas plus qu'à nous de nous séparer de toi. Ensuite creuse notre tombe, et couche Conn à mon flanc droit, Fiachra à mon flanc gauche, E face à mon visage entre mes deux bras. Et prie le grand Dieu du Ciel qu'il te donne le temps de nous baptiser.

Alors les Enfants de Lîr reçurent le baptême, et ils moururent, et ils furent ensevelis comme Finuala l'avait prescrit, Conn et Fiachra à chacun de ses flancs, É face à son visage ; et on planta sur eux une pierre debout, on y grava leur nom en Ogham fourchu, on dit sur eux les lamentations dernières et leur âme monta au ciel.

Ici finit l'histoire des enfants de Lîr.
 
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LE FANTÔME DE L'ARBRE
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" Texte de Douglas Hyde puis traduit du Gaelique en Français par Georges Dottin"



Dans l'ancien temps, il y avait un homme qui s'appelait Pâdîn Ruadh 0'CeaIlaigh et qui demeurait au pied de la colline du Petit-Nêifin. Il était marié, mais il n'avait pas d'autre enfant qu'une fille, qui était aveugle de naissance. Voici le nom que lui donnaient les voisins: Nora Dall (Nora l'aveugle), et ils avaient l'idée qu'elle avait des rapports avec les bonnes gens. Pâidîn n'avait dans sa ferme que deux acres de terre, et pour cette raison, il était très pauvre; il était dehors chaque nuit, qu'il fît humide ou sec, froid ou chaud, il ne savait pas ce qui l'attirait dehors, mais il était d'une nature remuante et il ne pouvait pas rester chez lui. Dans l'ancien temps, les gens croyaient que tous les pûca et les fantômes de la terre sortaient la nuit de Samhain pour détruire les mûres, et les gens n'auraient pas mis la moindre mûre dans leur bouche après cette nuit-là. Mais Pâidîn n'avait peur de rien au monde. 
Une nuit de Samhain, Pâidîn sortit, comme il en avait l'habitude, et il marcha jusqu'à ce qu'il arrive à la hauteur d'une vieille cill (nom de l'enclos qui contient l'église et le cimetierre). Il y avait un arbre élevé dans la cill. La lune était dans son plein et elle donnait une belle lumière; Pâidîn regarda en l'air et il vit un homme grand qui sautait d'arbre en arbre. Tous les cheveux qu'il avait sur la tête se dressèrent et une sueur froide commença à couler sur son corps; il ne pouvait pas mettre un pied devant l'autre. Le fantôme sauta à terre, s'arrêta devant Pâidîn et lui dit:
- N'aie pas peur de moi, je ne te ferai aucun mal ; tu as bon courage et je vais te montrer la troupe des fées de Connacht (Connaught) et de Mûmhan (Munster) en train de jouer à la balle sur le sommet de la colline du Grand-Nêifin.

II saisit Pâidîn par les deux mains, le jeta sur son dos comme une femme jette un enfant d'un an, sauta sur l'arbre et, en route, d'arbre en arbre, jusqu'à ce qu'il arrive au sommet du Grand Nêifin et qu'il dépose Pâidîn doucement et mollement au sommet de la colline. La troupe des fées de Connacht et celle de Mûmhan ne furent pas longues à arriver; elles se mirent à jouer à la balle en présence de Padraic et du fantôme, et jamais homme vivant n'avait vu une chose aussi amusante: Pâidîn riait tant qu'il pensa éclater. À la fin, le roi de la troupe des fées de Connacht s'écria:

- Hé ! fantôme des arbres, quelle est la troupe qui a gagné la partie?

- La troupe de Connacht, dit le fantôme.

- Tu es en train de dire un mensonge, dit le roi de la troupe des fées de Mûmhan, et nous allons combattre avant d'abandonner la partie aux gens de Connacht.

Ils commencèrent à combattre et ce n'était pas un combat pour rire qu'ils livrèrent, on brisa des crânes, des mains et des pieds et la colline fut rouge de sang. Le roi des fées de Mûmhan jeta un cri à la fin, et dit:

- Paix, je vous cède la victoire cette fois-ci, mais nous combattrons de nouveau la nuit de Bealtaine.

Alors le fantôme des arbres dit aux deux rois:

- Payez cet homme en vie que j'ai amené ici, vous n'auriez pas pu jouer à la balle sans lui.

- Tu dis vrai, dit le roi de la troupe des fées de Connacht, et il tendit une bourse d'or à Pâidîn.

- Je ne serai pas moins généreux que lui, dit le roi de la troupe des fées de Mûmhan, et il lui tendit une autre bourse, et en un tour de main, les deux troupes disparurent.

Alors le fantôme lui dit :

- Tu as pas mal d'argent maintenant, y a-t-il quelqu'autre chose que tu désirerais?

- Oui, en vérité, il y en a, dit Pâidîn : j'ai une fille qui est aveugle de naissance, et je voudrais bien qu'elle vît clair.

- Elle verra clair avant que le soleil ne se couche, demain soir, dit le fantôme, si tu suis mon conseil. Il y a un petit buisson qui croît sur la tombe de ta mère; prends-en une épine et enfonce-la dans la pustule qui est derrière la tête de ta fille, et elle verra aussi bien que toi; mais si tu racontes ton secret à n'importe quel homme vivant, elle deviendra aveugle de nouveau. Il est temps pour nous maintenant de nous en aller, car j'ai à te montrer ma demeure avant que tu ne retournes chez toi.

Alors, il prit Pâidîn des deux mains, il le jeta sur son dos et, en route, il ne s'arrêta pas jusqu'à ce qu' il le dépose sous le grand arbre, dans la cill, doucement et mollement. Puis il saisit l'arbre, le souleva et dit :

- Suis-moi.

Pâidîn entra et le fantôme tira l'arbre après lui; ils descendirent un bel escalier et arrivèrent à une grande porte; il ouvrit la porte et ils entrèrent. Quand Pâidîn regarda autour de lui, il vit bon nombre de gens qui étaient morts dans son voisinage, des années auparavant; quelques-uns souhaitèrent la bienvenue à Pâidîn et ils lui demandèrent quand il était mort :

- Je ne suis pas mort encore, dit Pâidîn.

- Tu plaisantes, dirent-ils, et s'il n'était pas vrai que tu es mort, tu ne serais pas ici au milieu de la troupe des trépassés.

Le fantôme s'approcha, et dit:

- Ne crois pas ces gens-là; tu as une longue vie heureuse devant toi; viens avec moi maintenant; il sera temps pour toi de retourner à la maison. Voici pour toi un petit pot, et n'importe quand tu auras besoin de nourriture, frappe trois coups sur la pierre et dis : « Nourriture et boisson, et gens de service », et tu auras tout ce que tu désires, mais si tu t'en sépares, tu t'en repentiras. Voici aussi pour toi un petit sifflet, et, n'importe quand tu seras en détresse, souffle dedans, et tu seras secouru, mais, sur ton âme, ne t'en sépare pas.

Là-dessus, il enleva Pâidîn ; il le laissa sur la route et lui dit:

- Sur ton âme, ne raconte à nulle personne vivante aucune des choses que tu as vues cette nuit.

Pâidîn alla chez lui, à la pointe du jour, et sa femme lui demanda où il avait passé la nuit.

- Je n'ai pas flâné, dit-il.

Il déposa le petit pot et il dit :

- « nourriture et boisson »,

mais il avait oublié de frapper les trois. coups sur la pierre et il ne vint rien du tout; il se rappela alors, il frappa les trois coups et deux jeunes femmes sautèrent hors du pot, mirent la table, et dessus toutes sortes de choses à manger et à boire aussi bonnes que celles qui étaient sur la table du roi. Pâidîn et sa femme et Nôirîn Dall mangèrent et burent bien leur content et quand ils eurent fini, les jeunes femmes entrèrent dans le pot et Pâidîn mit la pierre dessus. Alors il dit à sa femme:

- Nôirîn ne sera pas longtemps aveugle, je vais la guérir sans retard, mais ne me demande pas de renseignements à ce sujet, car je ne puis pas t'en donner.

- Tu es en train de te moquer de moi, dit la femme, elle est aveugle de naissance.

- Attends à voir, dit Pâidîn.

Et le voilà sorti, et il ne s'arrêta pas qu'il ne fût arrivé au buisson qui croissait sur la tombe de sa mère; il trouva l'épine et vint à la maison; il saisit Nôirîn, il enfonça l'épine dans la pustule et elle s'écria:

- Je vois tout!

La mère se frotta les mains de joie et dit à Pâidîn :

- L'amour et la veine de mon cœur, c'est toi; tu es l'homme le meilleur qu'il y ait au monde.

Ensuite, il frappa trois coups sur la pierre du petit pot et dit:

- «Nourriture et service ».

Ces mots n'étaient pas plus tôt hors de sa bouche que les deux femmes sortirent du pot; mirent la table devant Pâidîn, et dessus, toutes sortes de choses meilleures que celles qui étaient sur la table du roi ; ils mangèrent et burent, lui, sa femme et Nôirîn, tout leur content, et, quand ils eurent fini, les jeunes femmes mirent tout dans le pot, elles y entrèrent elles mêmes et Pâidîn mit la pierre sur le pot.

Le bruit se répandit que Pâidîn avait beaucoup de richesses, et tout ce qu'il désirait. Les gens furent remplis d'envie, et se dirent les uns aux autres qu'il n'était pas juste qu'il fût en vie, et ils formèrent un complot pour le tuer; mais il y avait parmi eux un ami; c'était le frère de la femme de Pâidîn, et celui-ci le prévint. Pâidîn mit le sifflet dans la bouche; il souffla dedans et peu de temps après, il entendit murmurer à son oreille:

- Sors, et prends les herbes qui sont dans ton jardin, au pied du mur ; manges-en et donne le reste à ta femme et à ta fille, et chacun de vous aura autant de fois la force d'un homme qu'il y a de cheveux sur vos têtes. Avec le maillet qui est sur le mur de ta maison, tu peux battre tout ce qu'il y a d'hommes dans la paroisse.

Au matin, le lendemain, les hommes et les femmes du village vinrent pour tuer Pâidîn ; ils l'appelaient Lorgadân et Fearsidh (homme-fée) et dirent que s'il ne sortait pas, ils brûleraient la maison par-dessus sa tête. Pâidîn vint à la porte, leur dit de s'en retourner chez eux, qu'il n'avait fait de tort à aucun d'entre eux; mais rien ne pouvait les satisfaire, sinon le meurtre de Pâidîn. Pâidîn saisit le maillet et.la femme un manche de bêche et la fille un ribot de baratte et les voilà sortis; les gens qui étaient dehors autour de la. maison les attaquèrent, mais Pâidîn ne fut pas long à les mettre en déroute; il en laissa la moitié étendus par terre, et il ne lui causèrent pas d'autre désagrément à partir de ce jour.

Il est vrai, le dicton, qu'une femme ne peut pas garder un secret, et ce même dicton devint vrai alors; la femme de Pâidîn parla du petit pot à une autre femme; celle-ci le raconta à une autre, en sorte que l'histoire passa de bouche en bouche jusqu'à ce qu'elle arrive aux oreilles du seigneur de la terre: celui-ci vint trouver Pâidîn et dit:

- J'ai entendu dire que tu avais un pot merveilleux; montre le-moi.

Pâidîn lui montra le petit pot et alors le seigneur lui dit :

- Montre-moi la vertu qui est en lui.

Pâidîn frappa trois coups sur la pierre du pot et dit:

- «Nourriture et service. »

Il n'avait pas plus tôt dit ces mots que les deux jeunes femmes sautèrent hors du pot et mirent la table avec de la nourriture et de la boisson dessus, devant Pâidîn et le seigneur.

- Par ma main, dit celui-ci, voilà un bon pot; il serait juste que tu me le prêtes un jour, car il y a des gentilshommes qui iront me rendre visite, un jour de la semaine qui vient.

Pâidîn réfléchit à ce qu'il ferait, et enfin il dit:

- Le pot n'aurait aucune vertu si je n'étais pas présent.

- Tu peux venir, et tu seras le bienvenu, dit le seigneur de la terre, mais sois bien habillé.

- Je le serai, dit Pâidîn, car il était fier d'être parmi les gentilshommes.

- Lundi matin sois à ma maison, et sur ton âme ne me manque pas de parole, dit le seigneur.

Le lendemain, Pâidîn acheta un nouveau vêtement complet et quand il l'eut mis, il avait si bon air qu'il s'en fallut de peu que sa femme et sa fille ne le reconnussent pas. Le lundi matin, il prit avec lui le petit pot et il alla à la maison du seigneur. Il y avait là une grande réunion de gentilshommes; le seigneur fit entrer Pâidîn et le petit pot dans le salon, et dit:

- Fais préparer de la nourriture et de la boisson que je voie s'il y en aura assez pour rassasier ces gentilshommes.

Pâidîn frappa trois coups sur la pierre du pot et dit:

- «Nourriture, boisson et gens de service.»

Sur-le-champ, six jeunes femmes sautèrent ensemble hors du pot, elles dressèrent une belle table, et dessus il y avait à boire et à manger toutes sortes de choses meilleures les unes que les autres. 
Le seigneur invita alors les gentilshommes; ils entrèrent et ils furent pleins d'admiration quand ils virent la belle table et tout ce qui était dessus; ils mangèrent et burent leur content, mais bientôt, un sommeil lourd s'empara d'eux tous et quand ils s'éveillèrent, le toit de la maison avait disparu sans qu'on sût ce qu'il était devenu. Le petit pot, le sifflet et les deux bourses d'or de Pâidîn avaient disparu, et il était aussi pauvre qu'il avait jamais été.

Pendant qu'il était plongé dans le sommeil de l'ivresse, un lorgadân était venu qui avait emporté le tout, et le malheur tomba sur Pâidîn parce qu'il n'avait pas gardé le secret de son ami, le fantôme des arbres.

 
 
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L 'AIR MERVEILLEUX
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O’Connor était le roi des ménétriers d’Irlande. Dans la province de Munster, il n’avait pas son pareil. Son répertoire comptait bien des airs, mais il en connaissait un qui était vraiment extraordinaire. Il était capable de faire danser les vivants…et les morts. A la première note, les souliers vous tremblaient aux pieds comme si vous eussiez eu la fièvre ; vieux ou jeunes, tous y passaient ; on se mettait à danser, à danser comme des fous, tournant de tous côtés comme feuilles au vent, et cela tant que durait la musique.

Aussi O’Connor était-il de toutes les noces, lui et sa cornemuse. Il s’y rendait, fidèlement accompagné partout de sa mère qui lui servait de guide, car le pauvre garçon était aveugle. Un beau jour, au village d’Iveragh, O’Connor avait déjà tant et tant fait danser la jeunesse que son gosier était aride comme un vieux parchemin.
- Voulez-vous un verre ? lui proposa-t-on.
- Inutile, passez-moi la bouteille !
Et, empoignant la bouteille de whisky, il ne la rendit…que vide ! Et tout à coup, sans aucun avertissement, voilà que le ménétrier entame son air merveilleux. On eût dit qu’un grand vent de folie soufflait sur la place du village. O’Connor lui-même ne puvait rester tranquille : il se balançait d’une jambe sur l’autre comme une barque par grosse mer. Et même sa vieille mère faisait aller ses os en cadence comme toutes les femmes de l’assemblée.

Mais cela n’était rien en comparaison à ce qui se passait sur le rivage. La grève était couverte de poissons de toutes sortes qui sautillaient, voletaient, sautaient, replongeant en ressortant, se démenant de plus en plus vite, suivant le rythme endiablé de la musique. D’énormes crabes tournaient en rond sur une seule patte en vrais acrobates. Des phoques gigantesques, dressés sur leurs pattes malhabiles, s’avançaient vers le rivage à la tête de troupes de poissons, homards, langoustes, tous décidés à danser. C’était un extraordinaire spectacle de les voir ainsi suivre la mesure : morues, turbots, carrelets cabriolaient joyeusement ; dorades, maquereaux, harengs sautaient d’un air folâtre ; les bancs argentés des sardines arrivaient jusqu’au rivage. Les moules et les huîtres agitaient leurs coquilles en guise de castagnettes.

Jamais on n’avait vu pareil spectacle…Inlassable, O’Connor jouait toujours…Mais voilà que, au milieu des poissons, apparut une jeune femme belle comme le jour. Elle avait une longue chevelure verte ; ses dents luisaient comme des perles, ses lèvres semblaient de corails et sa robe était blanche comme l’écume de la mer. Elle s’approcha de O’Connor et lui chanta d’une voix mélodieuse :
- Je suis la dame de la mer et je demeure au fond des eaux. Viens avec moi et sois mon époux. Tu auras de la vaisselle d’or et d’argent, et tu règneras sur tous les animaux qui peuplent les mers.
O’Connor se tourna vers elle :
- Merci madame, mais boire de l’eau salée ne me va pas !
Alors, tout en dansant, la Dame de la Mer se prit à persuader le ménétrier. Autour d’eux, les gens dansaient et les poissons, tous les poissons de la mer, menaient aussi leur ronde.

Enfin, la sirène finit par convaincre O’Connor de l’accompagner au royaume marin. Sa mère lui cria bien revenir quand elle le vit atteindre le bord de la mer en compagnie de la belle étrangère. Mais il ne l’écouta pas. Il continua d’avancer toujours. Et voilà qu’une vague haute comme une maison arriva sur lui, prête, aurait-on dit, à l’engloutir ; il n’y fit aucune attention. Sa mère se prit à pleurer, mais, malgré ses cris et ses pleurs, elle ne pouvait s’arrêter de danser. Enfin, son fils se tourna vers elle et lui dit :
- Je suis bien heureux ma mère ! Je vais devenir le Roi de la Mer, et je te promets de t’envoyer tous les ans un…
Mais il n’eut pas le temps d’achever…La dame aux cheveux verts, voyant une vague encore plus haute s’avancer, s’enveloppa avec le musicien dans un manteau à grand capuchon. La vague, dressés à une hauteur giguantesque au-dessus d’eux, retomba sur le rivage avec un fracas épouvantable.

On ne revit plus jamais, mais souvent, sur la côte de Kerry, par les nuits tranquilles, les mariniers entendent le bruit de la musique venant du fond de l’eau, et certains prétendent même reconnaître le son de la cornemuse O’Connor.
LA FÉE DES BOIS
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Il était une fois, une jeune fille qui vivait seule avec sa mère dans une pauvre ferme. Elles n'avaient que deux chèvres et chaque matin, la fillette les emmenait dans une clairière des bois pour qu’elles y broutent. Pour toute nourriture, la fillette n'avait qu'un morceau de pain et pendant que ses bêtes paissaient, elle devait filer le lin pour ne pas perdre de temps à rêver. La vie était bien difficile mais la petite Maria était une enfant heureuse qui chantait et dansait sur le chemin. Elle chantait toute la journée en travaillant et rapportait le soir à sa mère un fuseau rempli de fil de lin.
Un jour, alors qu’elle était à filer et chanter une femme magnifique sortit de la forêt :
- Aimes-tu danser Maria ? lui demanda-t-elle.
- Je pourrais danser tout au long du jour !
- Viens donc avec moi et je t’apprendrai...
Les oiseaux de la forêt se mirent alors à chanter sur les accords que soufflait le vent dans les branches... Elles dansèrent, dansèrent, dansèrent ; mais quand le soleil se coucha Maria réalisa que son fuseau n’était qu’à moitié rempli...
- Es-tu malade, lui demanda sa mère ?
- Je te promets de remplir le fuseau demain...
Le lendemain, sur le chemin, elle ne dansait ni ne chantait plus.
- Aujourd’hui il n’est pas question que j’accompagne cette drôle de femme, s’était-elle promis !
Elle fila toute la matinée, mais lorsque le soleil darda sur elle ses rayons au zénith, la dame apparu pour l’inviter à nouveau :
- Je ne peux pas, répondit la fillette, j’ai beaucoup de travail.
- Ne t’inquiète donc pas pour ça...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
 
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A la tombée du jour Maria s’effondra en larmes voyant que son fuseau n’était pas plus avancé que la veille.
Alors la femme murmura quelques paroles et en un clignement d’œil tout fut comme si Maria avait travaillé durant la journée toute entière.
- Tisse mais jamais ne jure, lui dit-elle en tendant le fuseau. N’oublie pas, tisse mais jamais ne jure...
Le lendemain la petite chantait et dansait à nouveau tout en cheminant avec ses deux chèvres vers la clairière. A midi la femme vint et les oiseaux chantèrent, le vent souffla les accords...
Et elles dansèrent, dansèrent, dansèrent...
Le soir, Maria reçut un petit coffret de bois.
- Ne regarde pas ce qui est à l’intérieur avant d’être rentrée chez toi...
Mais bien sûr, en cours de route Maria ouvrit la boite et la trouva pleine de glands de chênes. De dépit, elle en jeta une poignée sur le sol et rentra chez elle.
Sa mère l’attendait sur le pas de la porte :
- Où as tu trouvé le fuseau d’hier ? J’ai tissé toute la matinée mais j’avais beau tirer sur le fil, la pelote ne désemplissait pas ! J’ai fini par jurer et voilà que tout à coup le fuseau a disparu... Il y a derrière ceci quelque sorcellerie !
Maria fut donc bien obligée de tout avouer à sa mère. La danse, la femme merveilleuse...
- Tu as rencontré la fée des bois, dit sa mère. Elle vient parfois danser avec les jeunes filles. Par contre, si elle rencontre un homme elle l’entraîne au plus profond de la forêt et on ne le revoit jamais...
Maria lui montra le coffret et lorsqu’elles l’ouvrirent elles constatèrent que les glands restant étaient en or...
- Heureusement que tu n’as pas tout jeté !
Le lendemain, la mère et la fille allèrent à l’endroit où Maria avait jeté les glands. Mais elles ne découvrirent rien d’autre que trois nouveaux splendides chênes qui avaient poussé là pendant la nuit. Ces trois chênes que l’on peut toujours voir non loin de là...
Maria ne rencontra plus jamais la fée des bois. Sa mère acheta une nouvelle ferme et la jeune fille continua à danser et chanter tout au long des jours.
Histoire du jardin des roses
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Ce conte m'a été offert , un jour , par un ami très cher Hervé Bres. Il est normal qu'il soit à sa place ici dans mon monde .....

Autrefois quand les hommes étaient moins mauvais, le roi des nains Laurin,
entretenait ici un magnifique jardin de roses. Une odeur très suave s'exhalait des
corolles de ces fleurs innombrables, et des myriades d'oiseaux, ivres de joie,
chantaient nuit et jour la gloire du créateur.
Mais un jour des hommes méchants réussirent à capturer le roi des nains et ils
l'emmenèrent dans leurs villes où ils lui firent jouer de force le rôle d'un baladin ou
d'un fou pour faire rire les badauds.
Il arriva cependant peu après, que Laurin parvînt à se débarrasser secrètement
de ses chaînes et à revenir dans ses jardins paradisiaques.
Afin que plus jamais quelqu'un d'indigne n'y entrât, il les entoura d'un fil de soie.
Nul homme eut-il dans les bras une vigueur exceptionnelle, n'aura jamais assez
de force pour déchirer ce fil aussi fin pourtant que celui d'une toile d'araignée;
Aucun mortel, aussi riche soit-il ne pourra jamais acheter le droit de jeter un
regard dans le jardin des roses.
Et même s'il a lu tout ce qui a été écrit, il ne trouvera jamais le livre où est décrit le
jardin enchanté de Laurin.
On raconte qu'un jour, un chevalier chevauchait sur le sentier des roses. Il avait
essayé mais en vain de trouver l'entrée du royaume de Laurin. Chaque fois qu'il
croyait toucher au but, des parois rocheuses infranchissables se dressaient
devant lui.
Il remarqua une crevasse et il s'y enfonça... C'était un passage souterrain. Et,
près d'un ruisseau, il entendit les chants merveilleux d'une foule d'oiseaux. Il
s'arrêta et prêta l'oreille.
Alors il aperçut une femme qui gardait ses moutons dans la prairie. IL lui
demanda si les oiseaux chantaient toujours ainsi. Elle lui répondit que depuis
longtemps, elle ne les avait pas entendus chanter, mais qu'elle croyait maintenant
qu'il était possible de retrouver le moulin et de le remettre en marche pour le salut
des hommes.
"Quel est donc ce moulin ?" demanda le chevalier
" Un moulin enchanté qui ne tourne plus depuis de nombreuses années. Autrefois
c'était des nains qui le faisaient marcher. Il appartenait à Laurin qui y faisait
moudre de la farine pour la donner aux pauvres. Mais des hommes avides sont
venus et l'un d'eux jeta un nain à l'eau parce qu'il ne lui avait pas donné assez de
farine. Et c'est depuis ce temps-là que le moulin s'est arrêté; il a disparu et est
devenu introuvable. Et il doit le rester jusqu'à ce que les oiseaux recommencent à
chanter.
" Le moulin se trouve au fond de la crevasse, lui dit encore la femme. Il est fermé,
sa roue est immobilisée. On l'appelle le moulin des roses, parce qu'il est entouré
de roses sauvages ".
Le chevalier courut aussitôt dans la fôret pour chercher le moulin et il le trouva. La
mousse poussait sur son toit, ses murs en planches étaient noircis par l'age, la
roue ne tournait plus. Les roses formaient un fourré si épais qu'à moins de savoir
que le moulin était là, on fut passé à coté sans le voir. Le chevalier essaya
d'ouvrir la porte, la serrure ne céda pas. Il avisa alors une petite fenêtre ouverte
dans le mur. En montant sur le dos de son cheval, il regarda à travers la vitre. À
l'intérieur sept nains étaient couchés et dormaient. Le chevalier appela; frappa
contre le mur. Ce fût en vain.
Alors il revint dans la prairie pour passer la nuit. Le lendemain en se réveillant, il
aperçut trois buissons de roses sauvages qui fleurissaient. Le chevalier cueillit
une rose au premier buisson et il entendit un elfe lui dire dans le feuillage : "
apporte moi une rose du bon vieux temps ! Je voudrais bien, lui répondit le
chevalier, mais où la trouverais-je ? " Alors l'elfe disparut en se lamentant.
Le chevalier s'approcha du deuxième buisson et cueillit une rose, un elfe apparut
demanda la même chose que le premier, ne l'obtint pas, se lamenta et disparut.
Quand il eût pris une troisième rose au troisième buisson, le troisième elfe lui
demanda: " Pourquoi frappes tu à notre porte ?
Je voudrais pénétrer dans le jardin des roses du roi Laurin, car je cherche la
fiancée du mois de mai.
Pour entrer dans ce jardin, lui dit l'elfe, il faut être un enfant ou un poète. Si tu es
capable de chanter une belle chanson, le chemin te sera ouvert. J'en suis
capable. Alors viens avec moi ! "
L'elfe cueillit des roses et descendit vers le moulin. La porte s'ouvrit toute seule.
Les nains dormaient toujours. Alors l'elfe les toucha avec les roses en s'écriant : "
Réveillez vous dormeurs, les jeunes roses sont en fleurs " Les nains se levèrent,
se frottèrent les yeux et se mirent aussitôt à moudre...
L'elfe montra au chevalier un couloir qui descendait jusque dans la cave du
moulin. De là une galerie s'enfonçait dans la montagne et s'achevait dans une
éclatante lumière. Le chevalier au comble du bonheur aperçut alors le jardin
paradisiaque du roi Laurin avec ses plates-bandes aux mille couleurs, ses
bouquets riants et ses buissons de roses épanouies. Il aperçut même le fil de soie
qui faisait le tour du domaine. Maintenant, lui dit l'elfe, commence ta chanson.
Alors le chevalier chanta l'amour et le mois de mai, et le paradis des roses s'ouvrit
pour lui...
Il entra alors dans l’ETERNITE...
La fée des forêts
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Un jour que je me promenais à l'orée d'une forêt, j'entendis une toute petite voix qui me murmurait à l'oreille: " Bonjour toi! Je te reconnais bien car tous les jours tu viens visiter ma forêt". Je me demandais alors qui pouvait bien me parler ainsi. J'avais beau écarquiller les yeux mais hélas, personne autour de moi!

Je me suis surprise à m'entendre dire à haute voix: "Qui me parle, où êtes-vous donc et que voulez-vous?"

"Je suis la Fée des forêts" me répondit une voix douce et enchanteresse. "Je ne veux rien de toi mais simplement que l'on fasse connaissance. Il y tant de choses que je voudrais te dire, tant de secrets que j'aimerais partager avec toi!"



"Où êtes-vous donc Fée des forêts? J'aimerais bien vous voir et être votre amie!"
Après quelques secondes d'un temps qui me parut éternel, la Fée des forêts me répondit alors: " Écoutes bien ce que je vais te dévoiler car aucun être humain avant toi n'a eu ce privilège. Gardes bien en mémoire tout ce que je te dirai et ne le confie qu'à la personne en qui tu auras toute confiance". "Oui, bonne "Fée des forêts", lui répondis-je. "Je vous promets de garder secret tout ce que vous me direz et je ne le dévoilerai qu'à la personne qui méritera ma confiance".

C'est ainsi que naquit le début d'une merveilleuse amitié entre la "Fée des forêts" et moi.
Ainsi commença l'histoire...

Au début des temps, les fées devaient perpétuellement se cacher des êtres humains de peur qu'ils ne les voient et ne veuillent les capturer afin d'en obtenir quelques voeux à exaucer. Elles choisirent alors la forêt comme lieu de refuge car c'était là le seul endroit où les humains auraient pu penser à venir les capturer. Tels des oiseaux, leurs petites ailes leur permettaient de se promener ici et là, entre les branches des grands arbres.

Vêtues de robes tissées de pétales de trilles rouges et blancs, coiffées d'un joli chapeau fabriqué à même les glands des chênes et portant de mignons petits souliers faits de mousses de lichens, elles voltigeaient gracieusement entre les fougères, les lucioles et les "Sceau de Salomon".

Tout en écoutant le récit de la "Fée des forêts", je lui demandai alors:
"Comment pourrais-je vous retrouver un jour, lorsque je reviendrai dans cette forêt?"

"Rien de plus facile" me répondit-elle. "Suis bien mes conseils et sans peine tu me trouveras. Tu devras cependant être bien attentif car pour me retrouver, tu devras également utiliser ton intelligence afin d'élucider les énigmes et rebus de mon histoire".
Comment trouver la Fée des forêts
À l'aurore, dès que le soleil dispense aux vertes fougères ses tout premiers rayons, vers elles je m'envole, de leurs perles de rosée scintillantes comme des diamants je vais m'abreuver. De baies sauvages, de miel et de petits fruits des champs que m'apporte "La fée des prairies" je me nourris avec joie.

Après ce frugal repas, mon ami le lièvre accourt à ma rencontre. Sur son dos je me pose et ensemble, nous courrons allégrement vers la clairière dont les fleurs multicolores sont un pur ravissement pour le regard. Dès notre arrivée, mes gentils amis les papillons et les libellules viennent nous saluer d'un gracieux battement d'ailes. "Bonjour Fée des forêts! Viens-tu jouer avec nous sur l'étang?" me demandent-ils dans leur doux langage.

Je quitte à regret mon ami le lièvre et m'envole enfin vers le grand étang dont les eaux limpides ont toujours su m'éblouir. Sur l'eau, le soleil fait miroiter de minuscules petites étoiles dont les couleurs multicolores se répandent dans toutes les directions. Sur les pétales roses du nénuphar je me pose pour admirer cette féerie.

Perchée tout en haut du grand pin, la grive solitaire m'aperçoit...Comme un doux sortilège, sa voix cristalline et mélodieuse m'appelle. "Emmènes-moi avec toi!" lui dis-je. D'un gracieux battement d'ailes, elle s'envole alors vers le grand étang, s'approche de la fleur de nénuphar et toute heureuse, m'emporte avec elle".

Nous nous envolons alors vers le ciel et surplombons ensuite vallées et montagnes couvertes de fleurs toutes aussi magnifiques les unes que les autres. Un peu plus tard, la grive me dépose délicatement sur son nid de mousses et de brindilles. "Je te remercie "Grive solitaire" pour ce merveilleux périple" lui aie-je dit. La grive s'envole ensuite vers la clairière enténébrée où se prépare un orage.



"Lorsque les premières gouttes de pluie vont tomber,
sous le chapeau du champignon tu pourras me trouver.
Sous son ombrelle, je me sens rassurée.
Dès que cesse la pluie,
Et que le soleil à nouveau luit,
Vers le bel arc-en-ciel je m'envole,
Sur la nuée me rejoint Éole.

Son souffle me propulse vers la colline
Où l'agneau se repose. De sa voix tranquille,
La brebis le rassure. Dans de verts pâturages,
Du bel oiseau bleu j'écoute le ramage.
Des fleurs jaunes, rouges ou bleues
Je ne peux me passer. Comme le soleil en feu
À son coucher, leurs couleurs me fascinent
Et m'attirent vers leurs corolles si fines.

Mais bientôt le ruisseau me fait entendre sa mélodie,
Légère, joyeuse, envoûtante: "Viens me voir! " il me dit.
J'y accours en déployant gaiement mes petites ailes.
Sur ses eaux limpides je pose mon corps frêle.

"Voilà comment tu pourras toujours me retrouver" me dit à la fin
"La fée des forêts". Depuis ce jour où j'ai trouvé la "Fée des forêts", je me promène inlassablement de forêt en forêt. Si j'observe attentivement ses conseils, il m'arrive de l'apercevoir à l'orée de la forêt ou près du grand étang. Et vous?

Le chat de YULE
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La légende du Chat de Yule nous vient de l'Islande. Sinistre et gargantuesque, il semble prêt à manger les gens paresseux. Ceux qui n'ont pas aidé au travail de leur village sur la laine d'automne au temps de Yule ont laissé passer la récompense de Yule: un nouveau vêtement et ils étaient menacés de sacrifices. Poésie sur le chat de Yule (Traduite en français et réecrite en anglais )

Il a ouvert ses yeux larges,
Ses deux yeux, rougeoyants et brillants.
Ils croisèrent ceux d'un homme assez courageux
Pour regarder droit dans les siens.
Ses poils, aiguisés comme des soies,
Son dos arqué vers le haut.
Et les griffes de ses pattes velues
Offraient une vue épouvantable.
Il forma une vague de sa queue forte,
Il sauta, s'agrippa et siffla.
Parfois en haut de la vallée,
Parfois en bas près du rivage.
Il errait en général, affamé et mauvais
Dans la neige froide de Yule
Dans chaque maison,
Le Peuple frissonnait à son nom.
Si l'on entendait un "miaou" pitoyable
Quelque chose de mal arrivera bientôt.
Chacun savait qu'il a chassé des hommes,
Mais ne s'est pas soucié de souris.
Il a harcelé le pauvre
qui n'eut aucun nouveau vêtement
Pour Yule - qui a travaillé dur
Et n'a vécu que dans le sinistre besoin.
Aux autres, il a pris d'un seul coup
Tout leur diner de Yule
Le mangeant seul
S'il pouvait le faire.
De là il venait aux femmes
Assises à leurs rouets
Filant un fil coloré
Pour faire une robe ou une petite chaussette.
Vous ne devez pas laisser le Chat
Se saisir des petits enfants.
Ils doivent avoir quelque chose de nouveau à porter
De la part des adultes chaque année.
Et quand les feux sont arrivés, à la Veille Yule
Et que le Chat a regardé fixement
Les petits enfants se sont tenus debout roses et fiers et
Tous se sont habillés de leurs nouveaux vêtements.
Certains avaient obtenu un tablier et
D'autres des chaussures
Ou quelque chose qui était nécessaire
- qui était tout ce qu'il a pris.
Pour tous ceux qui avaient quelque chose de nouveau à porter
Ils restaient hors de portée de la poigne de cette minette
Il a alors poussé un sifflement terrible,
mais a continué sa route.
Je ne sais pas s'il existe toujours
Mais sa visite serait vaine
Si la prochaine fois chacun
A quelque chose de nouveau à porter.
Maintenant vous pourriez penser à aider
Là où l'aide est le plus nécessaire.
Peut-être vous trouverez quelques enfants
Qui n'ont rien du tout.
Peut-être en cherchant ceux
Qui vivent dans un monde sans lumière
vous donneront un jour de bonheur
Et un Joyeux, Joyeux Yule.



You all know the Yule Cat
And that Cat was huge indeed.
People didn't know where he came from
Or where he went.
He opened his glaring eyes wide,
The two of them glowing bright.
It took a really brave man
To look straight into them.
His whiskers, sharp as bristles,
His back arched up high.
And the claws of his hairy paws
Were a terrible sight.
He gave a wave of his strong tail,
He jumped and he clawed and he hissed.
Sometimes up in the valley,
Sometimes down by the shore.
He roamed at large, hungry and evil
In the freezing Yule snow.
In every home
People shuddered at his name.
If one heard a pitiful "meow"
Something evil would happen soon.
Everybody knew he hunted men
But didn't care for mice.
He picked on the very poor
That no new garments got
For Yule - who toiled
And lived in dire need.
From them he took in one fell swoop
Their whole Yule dinner
Always eating it himself
If he possibly could.
Hence it was that the women
At their spinning wheels sat
Spinning a colorful thread
For a frock or a little sock.
Because you mustn't let the Cat
Get hold of the little children.
They had to get something new to wear
From the grownups each year.
And when the lights came on, on Yule Eve
And the Cat peered in,
The little children stood rosy and proud
All dressed up in their new clothes.
Some had gotten an apron
And some had gotten shoes
Or something that was needed
- That was all it took.
For all who got something new to wear
Stayed out of that pussy-cat's grasp
He then gave an awful hiss
But went on his way.
Whether he still exists I do not know.
But his visit would be in vain
If next time everybody
Got something new to wear.
Now you might be thinking of helping
Where help is needed most.
Perhaps you'll find some children
That have nothing at all.
Perhaps searching for those
That live in a lightless world
Will give you a happy day
And a Merry, Merry Yule.
 
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Les Contes et Légendes de Faery au coin du feu

Livre fantastique pour partir à l'aventure. Lorsque les premiers flocons de neige tombent sur les terres du fantastique Royaume de Faery,le temps des histoires est arrivé. Dans une charmante chaumière à l'orée d'un bois,Adélaïde et Gaïtan, deux gnomes aimants, partagent avec leurs enfants, les contes d'un autre temps.Au coin du feu, fées, dragons,enchanteurs et autres personnages extraordinaires reprennent vie. 
Conte d'Halloween
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Conte d'Halloween 
D'origine écossaise, la légende de Tam Lin est représentative de l'affinement du Voile ou de l'ouverture de la porte qui sépare le monde des humains avec celui de l'autre monde 

Il y a fort longtemps, en Écosse , on racontait que la petite ville de Carterhaugh,, était hantée par un certain Tam Lin. 
Pour cette raison, les jeunes filles avaient interdiction formelle de s'aventurer aux puits aux fées qui se trouvait dans la foret de pinède. On craignait en effet qu'elles n'y rencontrent Tam Lin. 
Janet, la fille du seigneur de Carterhaugh, décida néanmoins de se rendre à l'endroit défendu. Elle partit à la recherche du puits aux fées, mais lorsqu'elle l'eut atteint, nulle trace de Tam Lin, seul un cheval blanc se trouvait là. près d'un immense rosier blanc.
Janet , ne résista pas à la tentation de cueillir une rose blanche pour orner sa robe, mais au moment ou elle coupa la délicate fleur , Dans un nuage de poussière d'or Tam Lin., apparu . Les jeunes gens discutèrent et Janet apprit que le jeune homme était chargé de protéger le bois propriété des fées. Ils parlèrent de tout et de rien et lorsque 
La jeune fille du repartit , elle jura de ne rien dire a personne de cette rencontre .
Mais, quelques temps plus tard elle décida de retourner dans la foret . Elle n'avait pas cessé de penser a Tam lin et elle savait qu'elle est tombé amoureuse du jeune homme . 

Janet retourna une deuxième fois au puits aux fées (à l'automne) pour revoir Tam Lin, . Il réapparu sur le bord du puits,, prés du grand rosier , lui parla de lui et lui expliqua qu'il faisait partit du peuple des fées, , bien que ce be fut pas toujours le cas 
Il lui raconta son histoire . .
Il rencontra un jour la reine des fées et celle ci , subjuguée par la beauté du jeune garçon et bien que plus âgée que lui, voulu le garder prés d'elle . Elle se servit de la magie noire, pour l'ensorceler et il tomba fou amoureux d'elle . Elle l' enleva et il vécu avec elle depuis lors, devenu son esclave. 

Il dit aussi à Janet qu'elle seule , pouvait le sauver .si elle l'aimait réellement .
La jeune fille accepta et jura que son amour pour lui était assez puissant pour le délivrer de la reine . Alors Tam lin expliqua à Janet que 
durant la nuit d'Halloween . car c'etait le seul moment où il pouvait être délivré de l'enchantement , il faudrait qu'elle revienne c et qu'elle attende la procession des Fées. Lui serait , derrière la reine sur son cheval blanc . Elle devra alors 
le faire tomber de sa monture et ne pas le lâcher pendant qu'il subit une série de transformations plus monstrueuses les unes que les autres. Elle le jettera ensuite dans le puits. Redevenu mortel, Tam Lin pourra alors rester avec elle.

La nuit suivante, Janet fit exactement ce que Tam Lin lui avait indiqué, et tout se passa selon ce qu'il avait prédit. La Reine des Fées s'avoua vaincue et laissa la jeune fille emmener Tam Lin avec elle.


Les événements narrés dans ce conte se déroulent en partie la nuit d'Halloween. On remarque que c'est la seule nuit où le monde des Fées est accessible à Janet, ce qui lui permet de sauver Tam Lin. Ceci est dû à l'affinement du voile qui sépare les deux mondes (humain et l'Autre Monde). C'est cette rencontre provisoire entre les deux dimensions qui donne la possibilité à un mortel (Janet) d'intervenir dans la sphère féerique sans se faire prendre au piège. Voilà qui traduit l'une des caractéristiques principales de cette période de l'année, qui est traditionnellement celle où les deux mondes se rencontrent. Il est alors possible de passer de l'un à l'autre, comme le font Janet et Tam Lin.
Children in Paradize
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Lancelot & Guenièvre
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Mon chagrin est immense , je suis si affligée
Puisque Arthur se meurt , mon mari bien aimé
Et que mon bel ami, Lancelot chevalier
Par ses frères compagnons de Camelot est chassé

O mon époux, mon roi, je n’ai jamais failli
A la promesse faite lors de nos épousailles
Fidèle, je ne mérite point toutes ces représailles
Et je sais que ton cœur bienveillant l’a compris

Mon cher Lancelot, fait d'honneur et vertu
Féal serviteur qui n’a qu’une parole
Tu as su maîtriser cette espérance folle
De devenir amant, et tu as tout perdu…

Pourquoi est il péché d’aimer d’un amour pur…
Ma jeunesse a voulu d’un époux sage et mûr,
Mais si un doux visage a su toucher mon âme
La sagesse de nos êtres a pu calmer la flamme...

Arthur nous a quitté... qu’il voyage dans la paix
Je n’ai point de remords, ne l’ayant point blessé
Lancelot est banni, je suis seule et je n’ai
Que tous mes souvenirs pour de longues journées…

Mémoires d'Avalon...La détresse de Guenièvre
-Chantal Duros
Chagrin d'Irlande
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Le chagrin de l'Irlande
Je suis née sur une terre
Faites de tréflées et d'arc-en-ciels
Un pays dont la beauté n'est pas une chimère
Nos paysages ne sont que merveilles.

Malheureusement la perfection n'existe pas
Car il y a une barrière de feu séparant
Pour une raison dont on ne me parles pas
Catholiques et protestants.

Je vis sur une île d'une grande beauté
Détruite peu à peu par ses enfants.
Hier, un ennemi a été tué
Il me ressemblait pourtant.

Ils doivent se venger, aller savoir pourquoi,
Je ne veux pas être comme eux quand je serais grande
Ils ne voient donc pas que se sont les enfants comme moi
Ce qu'ils appellent le chagrin de l'Irlande ?
Moonlight shadow
Paradis terrestre
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L'invitation de Mider au paradis terrestre



* O belle femme, veux-tu venir avec moi
* Au pays merveilleux où règne la musique ?
* Là-bas, la chevelure est comme fleurs de primevères,
* Et le corps tout entier couleur de neige.
*
* Là-bas, il n'y a plus ni "mien" ni "tien",
* Blanches sont les dents, noirs les sourcils.
* Quel plaisir de voir le grand nombre de nos hôtes,
* Là-bas chaque joue est couleur digitale.
*
* Pourpres sont les hauteurs de chaque lande,
* Quel délice pour l'oeil, les oeufs du merle !
* Si belle à voir soit la plaine d'Irlande,
* On dirait un désert quand on connaît la Grande Plaine.
*
* Si bonne à boire soit la bière d'Irlande,
* Celle du Grand Pays enivre plus encore.
* Un pays merveilleux le pays dont je parle,
* Les jeunes n'y meurent pas avant les vieux.
*
* Des fleuves suaves et doux coulent dans le pays,
* L'hydromel et le vin les meilleurs.
* Des hommes sans défaut, incomparables
* Et qui conçoivent sans péché, sans faute.
*
* Nous voyons chacun sous toutes ses faces,
* Et personne ne nous voit.
* C'est la noirceur du péché d'Adam
* Qui empêche de voir combien nous sommes.
*
* O femme, si tu viens dans mon puissant royaume
* Il y aura une couronne d'or sur ta tête.
* Miel, vin, bière, lait frais,
* Tu auras tout cela, avec moi, ô belle femme.
*
* (9ème siècle)
*
*
* Extrait du recueil : "Anciennes voix Celtiques"
* Editions : Solaire Fédérop
Caoite aux longs pieds
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" Texte de Douglas Hyde puis traduit du Gaelique en Français par Georges Dottin"

Dans le temps jadis, il y avait un couple qui demeurait à Grâin-leathan près de Baile-an-Iocha, dans le comté de Roscommon. Ils étaient mariés depuis plus de vingt ans sans avoir d'enfant.

Un matin, une fois, Diarmuid (le mari) sortit pour voir s'il pourrait tuer un lièvre. Il y avait beaucoup de neige sur la terre et un brouillard sombre qui était si épais que l'on ne pouvait rien distinguer à deux perches de soi. Diarmuid connaissait bien le terrain pouce par pouce à un mille à la ronde, mais néanmoins il s'égara. Il cherchait à aller à en endroit plein de bruyère sur le bord de la tourbière où étaient les lièvres. Il alla et il alla encore pendant bien des heures et il ne put trouver le bord. À la fin, il pensa à regagner sa maison, mais il ne le put. Il marcha jusqu'à ce qu'il fût fatigué et il alla s'asseoir quand il vit un vieux lièvre qui venait à lui. Diarmuid allongea la main et pensa lui donner un coup, mais le lièvre sauta de côté et lui dit :

- Retiens ta main, Diarmuid, et ne frappe pas ton ami.

Diarmuid tomba en faiblesse et quand il revint à lui le lièvre noir était devant lui et lui dit:

- N'aie pas peur de moi; ce n'est pas pour te faire du mal, mais c'est pour te faire du bien que je suis venu vers toi cette fois-ci. Aie le courage et écoute-moi. Tu es égaré maintenant; tu as marché sur la motte d'égarement et tu serais mort dans la neige si je ne t'avais pas pris en pitié. Je sais bien que tu en as tué beaucoup de ma race, et ils ne t'avaient causé aucun dommage. Mais après le mal que tu as fait, je te ferai du bien. Raconte-moi maintenant quel est le plus grand désir que tu aies dans ton cœur, sauf le ciel et je te le donnerai.

Diarmuid réfléchit un moment et dit:

- Je suis marié depuis plus de vingt ans sans avoir un seul enfant et ni moi ni ma femme n'aurons personne au monde pour nous secourir dans notre vieillesse, pour nous étendre [sur la table mortuaire] et faire la lamentation après notre mort. Voici le plus grand désir qui soit dans mon cœur et dans le cœur de ma femme: que nous ayons un enfant, mais j'ai peur que nous ne soyons trop âgés.

- En vérité, vous ne l'êtes pas, dit le lièvre, ta femme aura un enfant dans trois trimestres à partir d'aujourd'hui et on ne pourra pas trouver son semblable sur la terre du monde. Maintenant suis ma trace dans la neige, elle te conduira chez toi. Mais qui que tu voies, ne raconte à personne de vivant que tu m'as vu, et promets-moi que tu ne tueras aucun lièvre désormais.

- Je te le promets, dit Diarmuid. Alors le lièvre partit devant lui jusqu'à ce qu'ils arrivent au pied de la maison.

- Voici maintenant ta maison, dit le lièvre, entre!

Quand Diarmuid fut entré, Rose, sa femme, lui fit bon accueil et dit:

- Où as-tu été tout le long du jour? Je pensais aller à ta recherche. Tu es transi de froid et à moitié mort de faim.

- En vérité, tu as de la chance que je ne sois pas noyé dans une mare de tourbière ou englouti dans une carrière de sable. J'ai marché sur la motte d'égarement et je me suis égaré. Mais reçois ma parole et je n'irai plus chercher un lièvre aussi longtemps que je suis en vie!

Ce fut bien et ce ne fut pas mal. Diarmuid ne pensait pas à autre chose qu'à l'héritier qui lui était promis. Quand il vit que Rose allait lui donner sûrement un héritier, il n'y eut personne au monde d'aussi joyeux que lui. il fit faire un berceau et préparer toutes sortes de choses pour le jeune héritier qui allait venir. Quand les voisins remarquèrent que Rose était dans cet état-là, ils dirent que c'était une merveille supérieure à tout, car Rose avait plus de cinquante ans et n'avait pas un morceau de chair sur elle, mais elle était aussi desséchée qu'une femme de soixante-dix ans. Tout le monde parlait de Rose et de Diarmuid. Quand les trois trimestres furent écoulés, Rose eut un fils. Diarmuid invita les vieilles femmes du village à un repas et une fête le jour où on baptisa l'enfant; mais il aurait mieux fait de les laisser où elles étaient. Quand l'enfant naquit, il n'était pas comme un autre petit enfant; il avait quatre pieds de haut; il était aussi mince qu'un bâton et ses pieds avaient plus d'un pied de long. Les femmes, jeunes et vieilles, s'étonnèrent, car elles n'avaient jamais vu auparavant un enfant comme celui-là. Diarmuid leur donna de l'eau-de-vie et elles chantèrent les louanges de l'enfant jusqu'à ce que tout fût bu. Alors elles se mirent à se moquer de lui.

- N'est-ce pas Diarmuid qu'on l'appelle? dit une vieille qui était à moitié ivre.

- Si, dit une vieille, mais il n'est pas juste de l'appeler Diarmuid; c'est le nom de Caoilte
(caol-mince) aux longs pieds qu'il serait juste de lui donner.

- Et c'est le nom que nous lui donnerons, dit la première vieille.

Rose écoutait cette conversation et cela la mit en colère. Elle appela Diarmuid ; elle lui dit tout bas à l'oreille que les femmes disaient du mal du jeune Diarmuid et elle lui dit de les chasser de la maison. Diarmuid aborda les femmes pour les mettre dehors et il n'y avait jamais eu en Grâin-leathan une querelle comme celle qu'il y eut entre Diarmuid et les femmes. Elles ne cédaient pas d'un pas, et il fut nécessaire à Diarmuid de leur donner une cruche de poitin avant qu'elles bougeassent.
Mais quoiqu'il en soit, le nom de « Caoilte aux longs pieds» resta au jeune Diarmuid toute sa vie.

Quand le jeune Diarmuid eut dix ans, il avait plus de six pieds de haut, mais il était aussi mince qu'une gaule à pêche et ses pieds à partir de la cheville avaient un pied et demi de long et ils étaient aussi minces que ton pouce; et il n'y avait pas de lévrier ni de chien en Irlande qu'il n'atteignît à la course. Il ne sortait que rarement, car les gens se moquaient de lui. Quand on jouait à la balle à la crosse, Caoilte ne demandait pas de crosse, il poussait la balle avec les pieds et s'il la trouvait devant lui, personne ne pouvait l'atteindre. À mesure que les années s'écoulaient, Caoilte grandissait; quand il eut vingt et un ans, il avait plus de sept pieds et demi et il n'était pas une miette plus gros que quand il avait l'âge de dix ans et il n'y avait pas plus de chair sur lui que sur une paire de pincettes, bien qu'il eût assez à manger et à boire et qu'il mangeât plus que sept. Les gens dirent que ce n'était pas un vrai homme qu'il était, mais un vieux lorgadân et qu'il n'avait pas du tout de boyaux; mais Diarmuid et Rose pensaient qu'il n'y avait pas dans le pays un jeune homme à moitié aussi beau que lui ; ils pensaient qu'il deviendrait gros et qu'il engraisserait quand il cesserait de grandir, et que la chair lui viendrait; mais elle ne vint pas.

Un jour, une fois, Caoilte était avec son père sur la tourbière à faire des piles de tourbe, quand ils virent un lièvre qui courait aussi vite qu 'il le pouvait et une belette à sa suite. La belette le serrait de près et il criait aussi haut qu'il pouvait. Caoilte courut après le lièvre et le prit avant que la belette l'eût atteint. Une grande colère s'empara de la belette et elle attaqua Caoilte ; elle le déchira et l'égratigna; elle lui jeta de la salive dans l’œil droit qu'elle aveugla. Puis elle partit et entra dans un tas de tourbe. Le lièvre, pendant ce temps-là était dans le sein de Caoilte, et quand la belette fut partie, le lièvre lui dit :

- Je te remercie, Caoilté, tu m'as sauvé la vie cette fois-ci, mais tu es toi-même en danger. C'est une vieille sorcière que la belette, tu es borgne maintenant; mais mets ta main dans mon oreille droite, tu y trouveras une petite bouteille d'huile; enduis-en ton œil et la vue de ton œil sera aussi bonne qu'elle l'était auparavant.

Il le fit et son œil recouvra la vue. Alors le lièvre lui dit:

- Laisse-moi partir maintenant et n'importe quand tu voudras lever un lièvre pour les chasseurs, viens vers le monticule de joncs au bord du lac et j'y serai. Il n'y a pas de lévrier ni de chien au monde capable de m'atteindre, et tu peux me prendre n'importe quand, mais, sur ce que tu as jamais vu, ne me livre pas aux chiens et aux chasseurs. Maintenant sois sur tes gardes cette nuit. La belette viendra te trouver cette nuit et te coupera la gorge si tu n'as pas dans ton lit le chat de Brighid Ni Mathghamhain. Tu entendras une voix dire:

C'est le chat de Brighid Ni Mathgh'ûin Qui a mangé le lard.
C'est le chat de Brighid Ni Mathgh'ûin Qui a mangé le lard.

Quand tu l'entendras pour la troisième fois, lâche le chat ; et tu n'auras aucun danger à craindre.

Caoilte laissa aller le lièvre, revint chez son père et lui raconta tout ce qui était arrivé.

- Ah ! ah ! dit le père, le lièvre est ton meilleur ami ; suis son conseil, mais fais attention à toi; ne raconte rien au monde à son sujet aux voisins et ne leur donne pas de sujet de conversation ; si tu leur racontes cette histoire, tu ne pourras demeurer dans cette paroisse ni dans les sept paroisses les plus voisines.

- En vérité, je ne suis pas si bête, dit Caoilte, je ne suis pas bavard depuis que je suis né, mais je te demande de ne pas en dire un mot à ma mère.

Il sortit ce soir-là pour aller chez Brighid Ni Mathghamhain pour lui emprunter le chat et quand il fut près de la maison il vit un renard qui volait le jars de Brighid Ni Mathghamhain. Caoilte courut après lui et comme il le serrait de près, le renard laissa tomber le jars et entra dans un petit bois qui était auprès. Caoilte conduisit le jars à la maison de Brighid Ni Mathghamhain et lui dit:

- Il était sur l'épaule du renard lorsque je le lui ai enlevé.

- Je te remercie beaucoup, dit-elle, as-tu besoin de quelque chose? tu ne viens pas souvent en visite.

- Je viens te demander à emprunter ton chat, notre sac de farine est endommagé par les souris.

- Prends-le, et volontiers, dit-elle, et garde-le jusqu'à ce qu'il ait tué toutes les souris de la maison, c'est un garçon capable de les chasser.

Caoilte porta le chat chez lui et se mit au lit, mais le sommeil ne vint pas sur ses yeux. Environ une demi-heure avant minuit, il entendit la chanson:

C'est le chat de Brighid Ni Mathghamhain Qui a mangé le lard.
C'est le chat de Brighid Ni Mathghamhain Qui a mangé le lard.
C'est le chat de Brighid Ni Mathghamhain Qui a mangé le lard.

La troisième fois qu'il entendit ces paroles, la voix était près de lui, mais le chat était habile; il sauta à terre et dit:

- Sorcière menteuse, ce n'est pas moi, mais toi qui l'as volé.

Et il attaqua la belette; une telle bataille à coups de dents, de griffes et de tels cris personne n'en entendit jamais. La pauvre Rose était folle de peur et elle ne pouvait dire aucun mot sauf:

- Chut, dehors le chat! Et elle le répéta au point de s'enrouer.

Le combat continua jusqu'à l'aube et alors la belette abandonna la lutte et entra dans le trou d'un four à chaux. Le pauvre chat n'avait plus de poil ni de peau à ce moment-là et quand Caoilte pensa l'attraper, il lui dit:

- Enduis-moi de l'huile que tu as trouvée dans l'oreille du lièvre.

Caoilte le fit et cela le guérit et le rendit aussi bien qu'il était la veille.

- Maintenant, dit-il à Caoilte, ton ennemi est mort, ne le crains plus.

Caoilte prit du lait et le donna au chat, puis le chat retourna chez lui. Caoilte prit un balai et poussa dehors les poils et la peau; mais il y avait des taches de sang sur le sol et toute l'eau qu'il y avait dans le lac ne les aurait pas effacées.

Un jour, une fois, il y avait une grande chasse dans le comté de Roscommon et le daim se dirigea vers Grâin-leathan. Caoilte était dehors et il voyait venir le daim et les lévriers et les cavaliers à sa suite. Caoilte se mit à courir après le daim et un des chasseurs dit:

- Si tu peux le détourner avant qu'il ne traverse la rivière, je te donnerai une pièce d'or jaune.

Pendant qu'il causait avec Caoilte, le daim était parti bien loin en avant, mais Caoilte ne tarda pas à le gagner de vitesse et il le détourna.

Il s'arrêta alors jusqu'à ce que le chasseur vînt, et celui-ci lui donna une pièce d'or. Le daim se dirigea vers le lac, et comme les lévriers le serraient de près, il sauta dans le lac et nagea jusqu'à l'autre rive et les lévriers ne voulurent point aller à sa suite. Quand les chasseurs furent arrivés au bord du lac, ils se dirent l'un l'autre:

- Le daim est parti loin de nous et nous ne pourrons le revoir aujourd'hui; il va aller au bois de Loch-'Glinn.

Caoilte écoutait et dit:

- Je gagerais ma tête contre une pièce de dix pence que j'atteindrai le daim et que je vous le ramènerai avant qu'il ait fait la moitié du chemin vers Loch-Ghlinn; si c'est votre volonté d'attendre une demi-heure ici, je ferai revenir le daim en arrière ou je vous donnerai la permission de me couper la tête.

- C'est bien, dirent-ils, nous attendrons une demi-heure.

Là-dessus, Caoilte partit aussi vite qu'il put et il atteignit le daim à la colline de Brêuna-Môr.
Il le détourna et ne fut pas long à le ramener de nouveau au bord du lac. Quand les chasseurs virent venir le daim, et Caoilte sur ses derrières, ils s'étonnèrent et ils dirent que Caoilte était un farfadet et qu'il serait juste de le chasser de l'endroit, mais ils n'eurent pas le temps de rien lui faire cette fois-ci, car les chiens partirent après les daims et ils durent les suivre. Le daim partit devant eux et se dirigea vers Caisleân Riabhach (Castlerea), il entra dans un petit bois près de Baile-an-locha [Ballinlough] et ils le perdirent. Les chasseurs entrèrent à Castlerea et cela mit fin à la chasse ce jour-là. Caoilte alla chez lui, très satisfait de la pièce d'or qu'il avait pour tout son travail du jour. Il la donna à son père et lui raconta tout ce qui était arrivé.

Environ une semaine après cela, Caoilte était sur la tourbière en train de tirer de la bruyère pour faire de la litière pour la vache, quand les chasseurs revinrent par ce chemin et lui demandèrent s'il avait vu un lièvre.

- Je n'en ai pas vu, dit celui-ci, mais je sais où il y a du lièvre.

- Lève-le-nous, dit l'un d'entre eux nous te donnerons le prix d'une paire de souliers.

- Voilà une chose que je n'ai jamais portée; dit-il, mais donne moi le prix d'une paire de pantalons.

- Nous te le donnerons, dirent-ils.

- Donne-le-moi, dit celui-ci. J'ai gagné une pièce de dix pence aux chasseurs la semaine dernière et ils ne me l'ont pas encore donnée. Si je suis étrange à regarder, je ne suis pas sot.

Ils lui donnèrent les cinq pièces et lui dirent de leur lever le lièvre. Il alla vers le monticule de jonc au bord du lac et il leva son ami le lièvre. Les chiens et les chasseurs partirent à sa poursuite; il se dirigea vers la tourbière et ils ne purent l'atteindre. Les chasseurs vinrent cinq jours de rang et Caoilte leur leva le lièvre chaque jour, mais ils ne purent l'atteindre. Le sixième jour, ils dirent à Caoilte qu'il était sorcier et que c'était un lièvre enchanté qu'il leur levait.

- Si c'est votre idée, trouvez un lièvre vous-mêmes, dit Caoilte.

Là-dessus, ils cherchèrent à le saisir, mais il était trop rapide pour eux. Ils le suivirent jusque chez lui et ils demandèrent à son père et à sa mère de le leur amener pour qu'ils le tuassent.

- Que vous a-t-il fait? dit le père.

- C'est un farfadet enchanté, dirent-ils.

Quand Rose entendit cela, elle sortit en courant et sois certain qu'elle fit marcher sa langue. Mais il ne servait à rien qu'elle parlât; ils dirent que si Caoilte ne sortait pas, ils mettraient le feu à la maison. Quand Caoilte entendit cela, il saisit le manche de la bêche, Diarmuid prit les pincettes et Rose la crémaillère. Caoilte sortit en courant et les attaqua avec le manche et les jetait à ses pieds; pendant qu'il les jetait par terre, son père et sa mère les frappaient avec les pincettes et la crémaillère, en sorte qu'ils furent tous étendus sur le sol, sans être capables de frapper un coup. À mesure qu'ils revenaient à eux, ils partaient et enfin le dernier s'en alla. Au bout de deux jours, ils allèrent trouver le curé et se plaignirent vivement de Caoilte, de son père et de sa mère.

- J'irai trouver Diarmuid, dit le prêtre, et je prendrai des informations sur cette affaire.

Au matin, le lendemain, le prêtre alla chez Diarmuid et apprit le sujet de la bataille. Il revint chez lui, envoya chercher les gens qui avaient déposé la plainte et leur dit:

- Diarmuid, sa femme, ni son fils n'ont aucun tort. Ils ne vous auraient fait aucun mal si vous n'aviez pas commencé, et le conseil que je vous donne, c'est de les laisser tranquilles.

Ils ne furent pas satisfaits du conseil du prêtre, et ils formèrent le complot de brûler la maison de Diarmuid pendant la nuit, pendant que lui, sa femme et son fils dormiraient. Caoilte allait ce jour-là à la tourbière pour rapporter à la maison un panier de tourbe quand il rencontra le lièvre qui lui dit:

- Caoilte, une troupe d'hommes va venir cette nuit pour brûler la maison, avec toi, ton père et ta mère, mais je mettrai un brouillard sur leurs yeux; ils s'égareront et ils ne trouveront pas leur chemin vers ta maison ni vers les leurs jusqu'au matin, et s'ils font une seconde tentative contre toi, ils seront noyés dans le lac.

Ce soir-là, l'ordre fut porté de maison en maison que la troupe qui allait brûler la maison de Diarmuid fût au carrefour avant minuit. Environ vingt hommes se rassemblèrent en cet endroit-là et se dirigèrent vers la maison de Diarmuid, mais ils ne purent y réussir. Alors ils pensèrent à retourner chez eux, mais ils ne purent trouver leurs maisons ni aucune autre maison jusqu'à ce que vînt l'anneau blanc du jour. Alors ils se trouvèrent dans le même carrefour après avoir marché toute la nuit. À partir de cette nuit-là, ils ne troublèrent plus Caoilte, son père, ni sa mère, mais ils l'évitèrent comme ils auraient évité un espion ou un voleur.

Un jour, une fois, Diarmuid était seul sur la tourbière et le vieux lièvre noir vint à lui, le même qui était venu à lui le matin où il s'était égaré, vingt-deux ans auparavant.

- Maintenant, dit-il, je suis venu te dire que court est le temps que vous avez ta femme et toi à être en ce monde, et si vous avez quelque chose à régler, faites-le vite, car vous n'avez qu'une semaine à être en ce monde.

- Et que fera Caoilte ? dit Diarmuid, sans personne pour le garder.

- Ne t'inquiète pas de Caoilte, dit-il, il est de ma tribu, Caoilte ; je l'emmènerai chez moi et sur ma parole il y sera plus heureux que s'il était au milieu de ses voisins. Tu n'es pas obligé de garder ce secret pour toi. Tu peux le raconter à qui tu voudras.

Diarmuid s'en allait chez lui et très affligé, quand il rencontra le fils de son frère, et il lui raconta l'histoire du commencement à la fin.

- En vérité, si tu racontes cette histoire à n'importe quel autre, ta famille sera déshonorée et nous ne trouverons personne pour vous mettre dans la tombe.

- Je ne le raconterai à personne au monde, dit Diarmuid, sinon à Rose et au prêtre.

Il alla chez lui et raconta l'histoire à Rose. Quand il eut fini, elle fut prise d'un accès de toux qui l'étouffa. Diarmuid et Caoilte l'enterrèrent. À la fin de la même semaine, Diarmuid lui-même mourut et le soir du jour où il fut enterré, Caoilte partit et on n'en a pas entendu parler depuis.

Le fils du frère de Diarmuid ne garda pas le secret, et peu de temps après cela, l'histoire alla de bouche en bouche à travers le pays comme je te l'ai racontée. Beaucoup de gens dirent à la suite de cela qu'ils ont vu souvent Caoilte à côté du lac.

Soit! Mais nous avons espoir qu'ils sont dans le ciel.

La Légende de Ceridwen
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Aux temps anciens vivait à Penlyn, au Pays de Galles, un homme de race noble nommé Tegid Vael ( Tegid-le-chauve). Il demeurait en une île au beau mitant du lac…

Son épouse, Ceridwen lui avait donné trois enfants : un garçon, Morvran, une fille, Creirwy, belle comme le jour, et une espèce de monstre nommé Afanc-Du ( Noir-Castor ). Le premier, Morvran, n’était pas gâté par mère-Nature : il était si laid que cela lui valut bien des années plus tard de survivre dans un combat sanglant, la bataille de Camlan où le roi Arthur et son fils honni Mordred s’entre-tuèrent :
…Chacun pensait que c’était un diable et l’évitait…
Mais ceci est une autre histoire…Son frère, Afanc-Du était pire encore, c’est dire !…

Sa mère désespérait de le pouvoir montrer un jour en société, à moins qu’il n’eut quelques mérites suffisant pour faire oublier son aspect. Autant dire que la tâche était quasiment sans espoir mai Ceridwen était une magicienne émérite, à qui rien n’était impossible.

Elle entreprit donc de le faire bouillir à son intention le chaudron d’inspiration et de science. S’il connaissait les arcanes de toutes choses et les secrets de l’avenir, assurément il n’aurait plus aucun mal à se faire
une place dans le monde !
Elle mit donc le chaudron sur le feu. Pour l’accomplissement de l’enchantement, il ne devrait s’arrêter de bouillir pendant un an et un jour.
Elle chargea donc le nain Gwyon Bach de le surveiller et un aveugle nommé Morda d’entretenir le foyer. De son côté, elle s’employait à récolter chaque jour aux heures prescrites les herbes magiques de la décoction.
 
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Mais il advint un soir, alors que l’an touchait à sa fin, que le liquide magique bouillonnant versa et déborda du chaudron. Trois gouttes tombèrent sur le doigt de Gwyon Bach qui, sous la brûlure, porta le dit doigt à sa bouche. Il en acquit à l’instant même toute la science et la vision des choses venir que Ceridwen destinait à son fils…
Il sut accessoirement combien était grande la malignité d’une Ceridwen qui ne manquerait pas de lui tenir rancune pour avoir ainsi détourné l’enchantement à son usage…
Il préféra donc s’enfuir sur le champs…
Et le chaudron laissé à lui-même se brisa en deux car toute la décoction était empoisonnée, hors les trois gouttes magiques.

Ceridwen rentra pour constater le désastre.
Prise de fureur, elle se saisit d’une souche de bois et roua de coups le pauvre Morda, jusqu’à ce que ses yeux lui tombassent sur les joues.
-Tu m’as défiguré sans raison, se défendit-il, car je suis innocent.
-C’est vrai, reconnut la sorcière ; c’est Gwyon Bach le coupable !
Elle se lança alors à la poursuite du nain.

L’apercevant à ses trousses, Gwyon se changea en lièvre…
Mais alors Ceridwen se chagea elle-même en lévrier et l’allait rattraper…
Il se précipita alors dans la rivière et devint poisson…
Ceridwen se changea en loutre et continua ainsi à le pourchasser sous les eaux…
Gwyon prit alors la forme d’un oiseau et s’élança vers le ciel…
Elle se fit épervier et fondit sur lui…
Alors, apercevant un tas de grain sur l'aire des battages, il s’y laissa tombé et devint grain de blé…
Mais Ceridwen se transforma en poule noire et enntreprit de gratter et d’éparpiller le blé. Elle fit tant qu’à force de gratter le découvrit et l’avala…

A peine avait-elle gobé le grain qu’elle se trouva enceinte. Et comme il est d’usage, après neuf mois elle donna la vie…C’était un petit garçon. Pour rien au monde Ceridwen ne voulut l’élever. Son époux n’en sut rien.
Elle le mit dans un sac et le jetta à la mer.

Il fut repêché par le price Elffin qui l’adopta et lui donna le nom de
Taliesin. Ce fut un grand poète, celui que les Triades célèbrent comme le prince des bardes de l’île de Bretagne. Il transmit à la postérité le nom de son bienfaiteur et celui de beaucoup d’autres. Il fut aussi le compère de Merlin, le célèbre enchanteur et prophète des Temps Aventureux…
Mais ceci est encore une autre histoire…
Au temps des Fées
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Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Sous des branches, parmi les rumeurs étouffées,
Sans rien savoir, sans croire à rien, libres et gais,
Nourris de clair de lune et buvant la rosée,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Aux temps des Fées.

Nous aurions su dormir sous deux feuilles croisées
Chanter avec la source et rire avec le vent,
Nourris de clair de lune et buvant la rosée,
Suivre la libellule et la brise en maraude,
Chanter avec la source et rire avec le vent.

Peut-être Mab, un jour, nous eût changés en fleurs
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées.

Edmond Haraucourt
La fée
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Viens, bel enfant ! Je suis la Fée.
Je règne aux bords où le soleil
Au sein de l’onde réchauffée
Se plonge, éclatant et vermeil.

Les peuples d’Occident m’adorent
Les vapeurs de leur ciel se dorent,
Lorsque je passe en les touchant;
Reine des ombres léthargiques,
Je bâtis mes palais magiques
Dans les nuages du couchant.

Mon aile bleue est diaphane;
L’essaim des Sylphes enchantés
Croit voir sur mon dos, quand je plane,
Frémir deux rayons argentés.

Ma main luit, rose et transparente;
Mon souffle est la brise odorante
Qui, le soir, erre dans les champs;
Ma chevelure est radieuse,
Et ma bouche mélodieuse
Mêle un sourire à tous ses chants.

J’ai des grottes de coquillages;
J’ai des tentes de rameaux verts;
C’est moi que bercent les feuillages,
Moi que berce le flot des mers.

Si tu me suis, ombre ingénue,
Je puis t’apprendre où va la nue,
Te montrer d’où viennent les eaux;
Viens, sois ma compagne nouvelle,
Si tu veux que je te révèle
Ce que dit la voix des oiseaux.

Victor Hugo

Les Elfes
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Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Du sentier des bois aux daims familier,
Sur un noir cheval, sort un chevalier.
Son éperon d’or brille en la nuit brune ;
Et, quand il traverse un ravon de lune,
On voit resplendir, d’un reflet changeant,
Sur sa chevelure un casque d’argent.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l’entourent tous d’un essaim léger
Qui dans l’air muet semble voltiger.
- Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.
De mauvais esprits hantent les forêts
Viens danser plutôt sur les gazons frais.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux
M’attend, et demain nous serons époux.
Laissez-moi passer, Elfes des prairies,
Qui foulez en rond les mousses fleuries ;
Ne m’attardez pas loin de mon amour,
Car voici déjà les lueurs du jour.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Reste, chevalier. Je te donnerai
L’opale magique et l’anneau doré,
Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,
Ma robe filée au clair de la lune.
- Non ! dit-il. – Va donc ! – Et de son doigt blanc
Elle touche au coeur le guerrier tremblant.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Et sous l’éperon le noir cheval part.
Il court, il bondit et va sans retard ;
Mais le chevalier frissonne et se penche ;
Il voit sur la route une forme blanche
Qui marche sans bruit et lui tend les bras :
- Elfe, esprit, démon, ne m’arrête pas !

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ne m’arrête pas, fantôme odieux !
Je vais épouser ma belle aux doux yeux.
- Ô mon cher époux, la tombe éternelle
Sera notre lit de noce, dit-elle.
Je suis morte ! – Et lui, la voyant ainsi,
D’angoisse et d’amour tombe mort aussi.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Les fées de Yule
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Un groupe de petites fées étaient recroquevillées dans leur maison sous les racines profondes d’un chêne géant. Elles étaient en sécurité et bien au chaud dans leur grotte minuscule bordée de duvet de pissenlit, de plumes d’oiseaux, et de mousse séchée.

Dehors, le vent soufflait du froid et la neige tombait doucement vers le bas couvrant le sol. «J’ai vu le Roi Soleil aujourd’hui, » dit la fée nommée Rose comme elle tirait son manteau de mousse autour d’elle. « Il avait l’air si vieux et fatigué comme il s’en allait dans la forêt. Quel est le problème avec lui? »

« Le grand chêne dit qu’il est en train de mourir », répondit Jonquille.

« Mourir? Oh, mais qu’allons-nous faire maintenant? » commença à pleurer Petite Herbe des Prairies : «Si le Roi-Soleil meurt, nos amies les petites plantes ne pousseront pas. Les oiseaux ne viendront pas chanter à nouveau. Tout sera à jamais l’hiver ! » Lilas, Pissenlit et Fleur de Sureau tentèrent de réconforter leur amie, mais elles étaient toutes très tristes. Comme elles se recroquevillèrent les unes sur les autres, on frappa à la minuscule porte.

« Fées, Ouvrez ! », cria une voix forte. « Pourquoi vous cachez-vous au lieu de nous rejoindre dans notre célébration du solstice? » Rose ouvrit la porte et le petit gnome Marron Noueux se poussa à l’intérieur, secouant les flocons de neige étincelants de son habit brun et de son chapeau.

« Nous sommes trop tristes pour faire la fête », déclara Jonquille en essuyant ses yeux, « Le Roi Soleil se meurt, n’en avez-vous pas entendu parler? »

« Il n’est pas mort, stupides fées ! », Marron Noueux roulait des yeux sombres où brillaient des rires. « Maintenant, dépêchez-vous, ou nous allons être en retard à la fête! »

« Comment pouvez-vous être heureux et rire? » Fleur de Sureau tapa par terre de son petit pied et fronça les sourcils devant le gnome. «Si le Roi-Soleil est mort, ce sera toujours l’hiver. Nous ne reverrons jamais le soleil à nouveau ! »

« Stupide enfant-fée ! », Marron Noueux saisit pissenlit par la main et la tira sur ses pieds. « Il y a un secret niché au coeur du Solstice d’hiver. Vous ne voulez pas savoir ce que c’est? »

Les fées le regardèrent avec étonnement. « Un secret ? » dirent-elles. « Quel secret? Nous ne sommes que des nouvelles fées, gnome idiot. Nous n’avons jamais été à une fête du solstice avant. »
 
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« Venez et voyez. Venez et voyez. Mettez votre caps et venez avec moi. » Marron Noueux dansait la gigue autour de la salle. «Vite, vite, ne soyez pas si lentes ! Au Bosquet du Chêne Sacré dans la neige! ». Il dansa sur le pas de porte et disparut.

« Qu’est-ce que ce gnome a voulu dire? » demanda Rose en même temps qu’elle ramassait son manteau de pétales de roses entrelacés par des toiles d’araignée et bordé de duvet d’oie.

« Je ne sais pas, mais la Dame vit dans le bois sacré. » Herbe des Prairies tira sur son chapeau.

« Peut-être que si nous allons voir la Déesse, Elle pourra expliquer ce dont Marron Noueux parlait ».

Les fées quittèrent leur douillette maison et marchèrent péniblement dans la neige en direction du bosquet du Chêne Sacré. La forêt était sombre avec la seule lumière de la lune brillant à travers les épaisses branches de sapin et les membres nus de l’érable et de l’aubépine. Il était très difficile pour elles de passer à travers la neige, car elles étaient vraiment très, très petites. Comme elles pataugeaient dans la neige mouillée et grelottaient dans le vent froid, elles rencontrèrent un renard.

« Où allez-vous, petites fées ? » demanda le renard.

« Au bois sacré», répondirent-elles, grelottantes et frissonnantes.

« Montez sur mon dos et je vous y emmènerai rapidement. »

Le renard se mit à genoux de sorte que les fées puissent grimper. Puis il courut à travers l’obscurité.

« Écoutez ! » dit Lilas alors qu’ils s’approchaient du bosquet sacré. « Des personnes chantent des chansons de joie. BEAUCOUP de personnes. »

La belle musique repoussait l’air froid, tranquille et nimbé de clair de lune. C’était la plus belle musique que les fées n’avaient jamais entendu. Le renard transporta les fées tout droit au bord de l’autel de pierre au centre du bosquet, puis se mit à genoux.

« Regardez ! » dit Fleur de Sureau comme elles glissaient sur le sol enneigé. « Il y a la Jeune Fille et la Mère et l’Ancienne, et beaucoup d’autres personnes du Petit Peuple »
 
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« Ils sont tous souriants et heureux », déclara Lilas en regardant toutes les créatures autour d’elles.

« Tous les animaux sont là aussi », chuchota Pissenlit. « Pourquoi regardent-ils tous la Mère ? »

Les fées se rapprochèrent des trois dames assises sur la pierre d’autel. La Mère tenait un gros paquet dans Ses bras, à qui Elle souriait. La Jeune Fille se pencha et prit doucement les fées dans ses mains. Elle les tint près de la Mère afin qu’elles puissent voir ce qu’Elle tenait.

« Un bébé ! » s’écrièrent les fées. « Un nouveau bébé ! Regardez comme il brille ! »

Il est le nouveau-né Roi Soleil», déclara la Jeune Fille en souriant.

« Mais Marron Noueux et le vieux chêne avait dit que le Roi Soleil est mort », lui répondirent les fées. « Comment ce petit bébé peut-il être le Roi Soleil ? »

« C’est le grand secret du Solstice d’Hiver. » L’Ancienne, la Sage, toucha la joue du bébé avec sa main ridée. « Chaque année, le Roi-Soleil doit venir dans le bois sacré pendant les jours sombres de l’hiver où il meurt. J’amène son esprit à la Mère qui lui donne à nouveau une nouvelle vie. C’est la voie de toutes les créatures, pas seulement du Roi-Soleil. »

Vous voulez dire que tout vit et meurt et vit à nouveau ? » Les fées regardèrent avec stupeur vers l’enfant Roi Soleil, niché dans les bras de la Mère.

« Oui, Petites», répondit la Vieille Sage. « Il n’y a jamais une fin à la vie. C’est le grand secret mystique du solstice d’hiver. »

Les fées rirent tellement elles étaient heureuses.

« Je lui montrerai où les roses sauvages fleurissent au début de l’été. »

« Et, je lui apprendrais à appeler les oiseaux et écouter les chansons du vent », s’écria Pissenlit.

« Quand il sera plus âgé et plus fort », dit la Mère, « alors les fleurs s’épanouiront à son contact, les oiseaux seront de retour pour chanter leurs chansons, et le souffle de l’air sera chaud, et l’hiver sera parti pour un temps. Alors le roi Soleil courra et jouera avec vous dans la forêt. »

Les fées chantèrent pour le Bébé Roi Soleil, des chants pour la venue du printemps, les fleurs odorantes, les abeilles endormies, et tous les secrets de la forêt. Et toutes les créatures du bois sacré chantèrent avec elles. Alors le renard les ramena à leur douillette maison sous les racines du chêne géant où elles firent des rêves merveilleux en attendant la chaleur du printemps et le plaisir qu’elles auraient avec le petit Roi-Soleil.
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